Face à nous, une route s’enfonce dans un paysage dénudé et disparaît au loin derrière un doux relief. De ce relief surgissent deux cavaliers, puis une dizaine suivis de 4X4 bardés de drapeaux. Enfin c’est toute une cohorte à cheval et en voiture qui s’approche de nous, au point qu’on distingue, dans la dernière image, les traits des visages des cavaliers de tête. Saisissante, cette séquence photographique aux accents cinématographiques ouvre l’exposition Aux ombres de Simon Vansteenwinckel et nous embarque sans détours aux côtés des membres des tribus Lakotas (Sioux) lors de leur pèlerinage annuel sur le lieu du massacre de Wounded Knee dans le Dakota du Sud. Une chevauchée commémorative qu’accompagne ce périple photographique méditatif en noir et blanc, jouant du grain et des contrastes, du flou et des décadrages.
Une approche puissamment expressionniste qu’affectionne souvent la galerie des Hautes Lumières et qui permet ici de livrer un témoignage documentaire déjouant les clichés attendus. Ces Amérindiens apparaissent ni comme des figures folkloriques tout juste bonnes à divertir les touristes (et certains photographes), ni comme des marginaux dépressifs condamnés à vivre reclus dans leurs réserves. Ils sont dignes, résilients, en résistance et en marche. L’exposition se conclut d’ailleurs par une série de portraits serrés assez directs qui vient en contrepoint de la séquence d’ouverture et donne à voir des individus qui ne peuvent être réduits à leur appartenance tribale. / BB