Au commencement était le verbe irrégulier. Le langage originel n’avait, on l’imagine, rien de spécialement poétique, nulle recherche d’élégance ou de joliesse, nulle structure bien identifiable. La parole primitive de l’être humain – on imagine encore – devait surtout consister à exprimer un besoin simple pour le communiquer à autrui. Le style, c’est venu après.
En intitulant leur premier album To speed shock spoken – irregular new verb (2012), le groupe Cowbones ne pouvait mieux résumer sa démarche : revenir au chaos du verbe premier pour – peut-être – découvrir un mode d’expression oublié, plus efficace, plus instinctif, plus brut. Une évidence pour ces Drômois qui ont décidé de monter un groupe de punk sur un coup de tête, autour d’un barbecue, en s’imposant une règle : jouer chacun d’un instrument qu’ils ne connaissaient pas.
Ne cherchez donc pas de technique ou de virtuosité dans le rock intemporel de Cowbones. Tous les morceaux reposent sur quelques boucles d’une déroutante simplicité, une batterie cantonnée au strict minimum, des solos de gratte sur une seule corde, une scansion arythmique, et la promenade insouciante d’un synthé analogique (logique). Une fois qu’on a dit ça, une question vous titille : mais alors, c’est bien ou non ? Oui ! À condition d’accepter les règles du non-jeu, on s’abandonne bien volontiers dans ce vortex d’art brut aux distorsions familières. Surtout si l’on a la chance de les voir en concert, s’amusant comme des gosses cachés sous leurs masques de scène. Histoire de lâcher prise. À voir, au moins une fois. / HV
Photo © Olivier Menart