C’est toujours avec un immense plaisir, les oreilles et l’esprit ouverts, que nous découvrons chaque année la programmation des Détours de Babel ! Un festival qui invite des artistes d’une grande diversité de genres musicaux dont témoigne notre petite sélection.
/ Par Benjamin Bardinet
Flamenco et saudade
Pas facile pour nous de parler des projets lauréats des fameux « Chantiers » des Détours puisque ceux-ci sont précisément des créations en cours dont le concert du festival est une première. De ce qu’on a pu entendre subrepticement, on mise toutefois sur Xarau, quintet emmené par des voix tour à tour espiègles, nostalgiques ou rageuses qu’accompagnent les douces mélodies d’une clarinette et les arpèges dynamiques d’une guitare sèche. Un cocktail de musiques latines allant de la saudade au flamenco en passant par la cumbia ou le fado.
Sam. 14 mars à 15h
Musée dauphinois
Classique électrifié
C’est avec révérence et passion que le trio improbable Schubert now ! propose de revisiter le répertoire de Franz Schubert, et plus particulièrement ses fameux lieder (chants poétiques de forme courte). Constitué d’une harpiste classique, d’un musicien issu du monde de l’électronique et d’une chanteuse venue du jazz, cet ensemble devrait nous embarquer dans un concert hors du temps fait de manipulations sonores diverses et d’improvisations vocales ébouriffantes.
Sam. 14 mars à 20h
Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
Révoltes occitanes
Du Duò Lavoà Lapò, nous connaissons surtout Manu Théron dont la présence scénique, la puissance vocale, l’engagement politique et le sens de l’humour ne nous ont jamais laissés indifférents. Des qualités qui semblent toujours bien présentes dans ce projet qui prône une forme de sobriété salutaire (deux voix, deux percussions) et qui fait vivre avec enthousiasme les cultures occitanes (toujours promptes à défier l’uniformisation imposée par la culture mondialisée). Pour les amateurs de chants occitans et d’un certain esprit de révolte, on notera également le passage du groupe Barrut (Fort Barraux, le 29 mars) dont les puissantes polyphonies sont soutenues par un bel ensemble de percussions.
Dim. 15 mars à 18h
Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
Garage mandingue
Purée de bon sang ! Chaque fois qu’on visionne les courts extraits vidéo des prestations scéniques du duo guitare/batterie Oasis Boom, on a les poils qui se hérissent ! L’alternance jouissive entre l’explosion de sons distordus, les rythmes mandingues et les improvisations organiques, nous excite au plus haut point ! Ceci d’autant plus qu’il paraît qu’en concert le groupe s’adonne à un seul et unique morceau de plusieurs dizaines de minutes. On est impatients de voir ça afin de répondre par l’affirmative à la question suivante : les musiques du mondes sont-elles solubles dans le rock garage ?
Mar. 17 mars à 20h
Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
Orient expérimental
Depuis 25 ans, Grégory Dargent explore toutes les possibilités acoustiques du oud – instrument oriental millénaire aux sonorités graves et percussives. Après avoir frayé du côté du jazz ou des chants occitans (avec Manu Théron dont on parle plus haut), Grégory Dargent s’essaye en solo à une approche plus expérimentale faite de manipulations et de distorsions diverses. Accompagné de photographies et de films au noir et blanc granuleux, le concert fait écho à l’histoire de son père, contraint de quitter l’Algérie en 1962. Un passé familial oriental mis en sourdine avec lequel sa pratique du oud lui permet en partie de renouer…
Mer. 25 mars à 18h30
Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
Groove entêtants
Inspiré du nom d’une cité perdue dans les sables du Sahara, le projet Zerzura est né de la rencontre entre Hend Elrawy, chanteuse égyptienne, et les musiciens de Mazalda (dont les habitués des Détours se souviennent de la collaboration mémorable avec le chanteur algérien Sofiane Saidi). Un projet musical qui s’annonce comme un voyage intemporel où la richesse des traditions vocales du Maghreb côtoie rythmiques entêtantes, nappes de violons réverbérés, synthétiseurs analogiques et saillies de banjo électrique.
Ven. 27 mars à 19h30
L’Ilyade (Seyssinet-Pariset)
Blues abrasif et rythmes afro-caribéens
Parvenu à nos oreilles occidentales grâce aux magnifiques compilations Éthiopiques (et au succès de Broken Flowers de Jarmusch dont la bande originale faisait figurer Mulatu Astatkeen bonne place), l’éthio-jazz a quelque chose de profondément envoûtant. Plutôt que de se contenter de perpétuer confortablement un genre musical magique qui suscite la sympathie du plus grand nombre, la chanteuse éthiopienne Éténèsh Wassié confronte son chant rauque imprégné des techniques de chant traditionnel à l’approche musicale expressionniste teintée de rock hypnotique et de blues abrasif de Mathieu Sourisseau (basse acoustique) et de Sébastien Bacquias (contrebasse). Bref, si comme notre rédac’ chef, vous vous demandez parfois si le blues aun avenir, c’est peut-être par là qu’il faut chercher.
Le même jour, le brunch du Fort Barraux accueillera également Erol Josué, prêtre vaudou originaire d’Haïti, danseur, chanteur et expert de la culture haïtienne, qui livre des concerts prenant parfois des allures de cérémonie vaudou et nous invite à découvrir la richesse des musiques afro-caribéennes dont les influences multiples attestent de l’histoire complexe des Caraïbes. La question reste de savoir si sur scène, dans le cadre des formats courts et contraints d’un festival, la transe vaudou parviendra à trouver l’espace pour se déployer et embarquer le public…
Dim. 29 mars
Fort Barraux (brunch)
Rap et claquettes
Porté par le saxophoniste Fabrice Theuillon, le quartet Wolphonics explore les cultures musicales afro-américaines grâce à un dialogue revigorant entre jazz débridé, hip-hop engageant et tap-dance (les claquettes en bon français). Souffle, groove et pulsation sont donc mis au service d’une musique qui fluctue imperceptiblement d’un genre à l’autre, portée par la jeu de batterie organique d’Antonin Leymarie, les envolées free du saxophone de Fabrice Theuillon et le phrasé posé d’Asha Dahomey qu’elle vient entrecouper de solos endiablés de tap-dance !
Ven. 3 avr. à 20h
Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
Photo © Richard Holstein