Erdal est parti. Lui le réfugié politique kurde s’est installé en Europe sans sa mère – son père, membre du PKK, a été tué par l’armée turque. Une jeunesse bringuebalée peu stable, entre brimades à l’école puis, plus tard, la case prison, qu’il a longuement racontée un soir au metteur en scène Simon Roth, croisé par hasard dans une colocation en banlieue parisienne. De là est née, après réflexion, l’envie conjointe d’un spectacle, qui part de son héros anonyme a priori loin de l’homme qu’est Simon Roth, pour finalement entrechoquer l’histoire personnelle de ce dernier de manière inattendue.
Adepte du théâtre documentaire, Simon Roth, déjà remarqué sur les scènes françaises avec son précédent spectacle Une jeunesse en été, a embrassé son sujet avec une approche originale faite de vidéos et, surtout, d’une bande-son articulée autour de la voix d’Erdal Karagoz (qui n’a finalement pas voulu être sur le plateau) que les comédiennes et comédiens s’approprient en play-back – l’art du lip-sync en somme. Erdal est parti devient ainsi aussi bien un témoignage fort sur la violence de l’exil qu’un geste artistique audacieux qui a valu en décembre dernier à Simon Roth de remporter le prix du jury et celui du public du festival Impatience, manifestation parisienne dédiée au théâtre émergent. La force du réel. / AM
Photo © Christophe Raynaud de Lage