Après deux éditions en itinérance, le festival Magic Bus retrouve enfin un lieu unique et une vraie ambiance de festoche en investissant pour la première fois le Palais des sports. Un format qui permet également aux organisateurs (Retour de scène) de renouer avec des têtes d’affiche dignes de ce nom. On vous détaille l’intégralité de la programmation ci-dessous.
/ Par Hugo Verit
Vendredi – Crève-cœur sous un soleil bleu
Rompre devant des centaines de milliers de gens, ça doit laisser quelques séquelles… Après avoir construit une œuvre électro-pop-corn autour d’un amour fou et insouciant, le duo Videoclub annonce sa séparation en mars 2021, en plusieurs vrais faux textos bienveillants, à la fin du clip SMS… Si Matthieu Reynaud se fait alors discret, Adèle Castillon brille immédiatement par sa force de caractère en terminant seule la tournée… et embraye dès octobre 2023 avec un premier album retentissant et affirmé, Plaisir, risque dépendance, dans lequel l’artiste ne dissimule aucune faiblesse : il est question de rupture, évidemment, douloureuse, bien sûr – et toxicomaniaque, malheureusement. Depuis, Adèle Castillon creuse son sillon dans le milieu de la pop francophone décomplexée, témoignant d’une sincérité chevillée au corps et multipliant les collaborations sur son dernier album Crèvecœur (Gazo, Louane, Declan McKenna…).
La chanteuse angevine est selon nous la star naturelle de cette soirée dédiée à la pop, même si – soyons honnêtes et objectifs – elle partage le haut de l’affiche avec une certaine Suzane qui s’apprête tout simplement à remplir les zéniths de France en 2027, portée par des singles ancrés dans leur époque : Je t’accuse et Virile.
Mais les premières années d’une carrière, lorsque la mayonnaise commence à monter et que tout reste à vivre, ne seraient-elles pas les plus belles ? Luiza ne semble pas dire le contraire, irradiant son bonheur plein de soleil sur les réseaux sociaux alors que vient de paraître un album éponyme inaugural aux reflets mordorés. Nous voilà curieux de la découvrir sur scène, pour apprécier pleinement sa reprise de Manhã de Carnaval ou son tubissime Soleil bleu, bande-son de toutes les bonnes plages en 2025. Quatrième nom de cette soirée à se produire sur la scène intérieure, la DJ grenobloise Bernadette, que l’on connaît notamment pour avoir créé l’association Move ur Gambettes à destination des femmes et minorités de genre dans la musique électronique, viendra présenter entre autres son nouveau single Bloomox.
Quant à la scène extérieure, elle accueillera une programmation locale issue pour une grande part de la Cuvée grenobloise 2026. Le vendredi, on sera impatient de retrouver Ada Unn quelques mois après son dernier passage au Ciel, tout en contrastes : amusant concert où la musicienne varia radicalement les registres (de la néo-folk vaporeuse à la pop clinquante spectaculaire). Elle partagera le plateau avec deux artistes qui nous intriguent, chacun dans un domaine bien différent : Blue Laïka aux mille nuances d’hyperpop et Yoh TNT pour représenter le rap grenoblois.
Samedi – Seum sublime sur le dancefloor
La recette peut sembler à portée de tous. Déclamer nonchalamment les métaphores de la banalité quotidienne sur de belles suites d’accords émouvantes ou de petites mélodies simples, telle est la griffe du trio Odezenne depuis presque 20 ans. Vraiment, ça paraît bête comme chou, facile à reproduire, et pourtant : les projets similaires qu’on a pu entendre ces dernières années n’ont pas le même charme, pas le même goût de seum sublime. Avec des titres comme Souffle le vent, Hardcore ou Une danse de mauvais goût sur le Monument ordinaire de Mansfield.TYA, les Bordelais ont plié leur propre game, mystérieusement inimitable. Et si cette œuvre singulière – une dizaine d’albums et d’EP – peut parfois verser dans la redondance, Odezenne ne s’endort jamais tout à fait. Sur son dernier album Doula (hypercouleurs) – paru six mois seulement après son faux jumeau Doula (des couloirs des portières) –, le trio arpente de nouveaux territoires – le dub de Babylone, la chanson mélancolique italienne d’Altalena, la techno régressive de C’est qui l’a fait boum ?.
Bordeaux sera décidément bien représenté lors de cette seconde soirée à dominante électronique où se produira Mezerg, autre Girondin donc, mais au style totalement opposé. Friand d’une électro instrumentale riche de claviers divers et plus ou moins rétro (nous voilà en présence d’un admirateur de Ray Manzarek, le claviériste des Doors), Mezerg se distingue par un jeu de scène très physique, s’ébrouant en sueur derrière ses machines organiques. Un showman dont la prestation un poil démesurée ne suffit pas toujours à compenser une œuvre musicale paradoxalement assez statique.
Le troisième poids lourd de ce samedi s’appelle Synapson, duo électro-house de renom qui connut la gloire en 2015 avec l’album Convergence aux nombreuses collaborations. Une boulimie de featurings que le groupe n’a jamais reniée, jusque dans son dernier disque Blue Jeans sorti l’an passé. Pour compléter le tableau, le producteur Mogan reviendra jouer live au Palais des sports, deux mois après son passage à ultravirage.
Côté scène locale enfin, les hostilités commencent très tôt (dès 15h, soyez raisonnables avec les pintes) par un open air gratuit de l’asso SPR avec un triptyque d’artistes explorant différentes esthétiques techno : dark (Ness), psytrance (Deklicat) et mental (M.Toe). Puis à 19h, place au line-up de la soirée payante où se côtoient le rap éthéré d’Enuo, l’électro-rock glitché d’Aora Paradox et le collectif Incr qui sort des sentiers battus de la musique électronique en assumant un vrai projet live machine dont on apprécie grandement la spontanéité, bien loin des sets millimétrés habituels. Vive l’accident !
Photo © Emma Birski