Invité par le Musée de la résistance, le photographe Gideon Mendel présente trois projets qui questionnent le phénomène des crues liées au réchauffement climatique, dont un particulièrement remarquable inspiré d’une archive photographique altérée par les eaux.
Il y a quelque chose d’une forme d’efficacité dans la série de portraits photographiques de victimes d’inondation réalisée par Gideon Mendel. Le corps immergé dans une eau qui a submergé leur quotidien, les victimes posent face à l’objectif. À la surface qui ondule, se reflète parfois leur image déformée et celle de leur environnement qui semble vaciller. Leur regard, franc et direct, s’adresse au photographe et donc au spectateur. Il nous prend à partie et nous interroge : « Comment en est-on arrivé là ? »
Depuis 2007, Gideon Mendel a ainsi réalisé une centaine de portraits de victimes d’inondation selon ce même protocole de prise de vue. Une manière pour lui de rendre compte de ce phénomène lié au dérèglement climatique et de s’interroger sur la façon dont les humains réagissent face à ces catastrophes à répétition. Avec des images réalisées aux quatre coins du monde (difficile de ne pas être effleuré par l’idée que le bilan carbone de Gideon contribue un peu aux catastrophes dont il témoigne), la force du projet, qu’il décline à l’étage du musée dans une installation vidéo multi-écran, est de mettre toutes ces populations sur un même pied d’égalité. Brésiliens, Allemands, Français, ou Indiens… sur le même bateau qui prend méchamment l’eau. Et pour une fois, les images du désastre ne sont pas qu’exotiques…
Intime et collectif
C’est lors des fortes inondations en Allemagne de 2021 que Gideon Mendel rencontre Gisela, 80 ans, dont l’intérieur de la maison a été subitement submergé alors qu’elle était en train de trier ses photos-souvenirs. En plus de faire son portrait, Gideon va immédiatement s’intéresser à cette archive photographique endommagée et demande à Gisela de la commenter. Ainsi, dans l’installation, sa voix accompagne notre lecture de ces images qui documentent autant l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle (Gisela est née avant la Seconde Guerre mondiale, son père a été envoyé au goulag, a vécu en RDA avant de s’exiler en RFA…), que celle pleine de rebondissements de l’octogénaire (plusieurs amours, tenancière de bar, animatrice sur des croisières…). Complexe, truffé d’anecdotes amusantes et de récits émouvants, ce témoignage prend tout son sens dans un musée qui s’appuie sur les documents pour raconter la manière dont se tissent les destins individuels et collectifs.
Photo © Gideon Mendel