Ce n’est pas l’humoriste le plus médiatiquement visible. Pourtant, Karim Duval est, depuis une quinzaine d’années, bien installé dans le paysage du rire qu’il arpente à la manière d’un anthropologue soucieux de comprendre ses semblables. Si, comme nombre de ses consœurs et confrères, il utilise la banalité de nos vies quotidiennes pour susciter les gloussements complices, avec lui, ce quotidien devient source de questionnement sur ce monde – le nôtre – fascinant qui part tout de même pas mal en vrille, et à toute vitesse, attention le mur ; trop tard ?
Son dernier spectacle s’appelle ainsi Entropie. Soit, selon Wikipédia, « une grandeur physique qui caractérise le degré de désorganisation d’un système ». D’accord. Écologie, intelligence artificielle, monde du travail, addiction aux écrans… Karim Duval, ancien ingénieur que l’on peut retrouver sur pas mal de réseaux sociaux dont LinkedIn (pourquoi pas), embrasse les enjeux du moment avec délectation pour mieux pointer ce qui cloche ici et là. Et, surtout, regretter, en bon quadra qui a la maturité pour ne pas se laisser berner par la nouvelle connerie à la mode, que cette énergie que l’on stocke soit ensuite brûlée vainement en scrollant sur nos téléphones. Miroir, mon beau miroir, dis-nous qui sont les plus artificiels ? / AM
Photo © Caroline Bazin