D’ici l’été (oui, on se projette, que voulez-vous), les salles de spectacle nous réservent encore plein de belles choses. La preuve par huit.
/ Par Aurélien Martinez et Doriane Rey
Pilule rouge
Nous avions parlé de Zou, dans un précédent numéro, qui nous avait ravis avec sesLeçons impertinentes aussi joyeuses que franches, aussi instructives que décalées. Elle avait enflammé la scène et nous fait à présent le plaisir de revenir en mars pour Pilule rouge, un stand-up que l’on peut imaginer tout aussi jubilatoire, énergisant et délicieusement impertinent ! Avec la franchise qu’on lui connaît, elle traitera de la figure du père dans nos sociétés d’aujourd’hui comme d’hier, de la domination, de l’organisation politique, du patriarcat… / DR
Mer. 4 mars à 20h
La Source (Fontaine)
De 19€ à 22€
Erdal est parti
Nouvelle figure du théâtre documentaire, le comédien et metteur en scène Simon Roth a, avec Erdal est parti, choisi de se concentrer sur l’histoire d’un réfugié politique kurde aujourd’hui exilé en France. C’est à Saint-Denis (banlieue parisienne), par l’intermédiaire d’amis, qu’Erdal a rencontré Simon et lui a raconté sa vie, avant de lui demander d’en faire une pièce. Une pièce au plus près de son sujet, incarné sur le plateau par plusieurs interprètes mais dont la présence, en vidéo ou par la voix, irrigue l’ensemble d’un spectacle d’une grande intelligence.
Du mer. 11 au ven. 13 mars à 20h
MC2
De 5€ à 29€
Requiem(s)
Angelin Preljocaj, 40 ans de carrière et une soixantaine de créations au compteur, sait construire, sculpter, animer de la danse dans des spectacles souvent visuellement sublimes. L’un de ses derniers, dévoilé en 2024 et titré Requiem(s) puisqu’il évoque le thème de la mort et de « la perte d’un être cher », en est une nouvelle preuve. Un ballet pour 19 interprètes riche en images saisissantes sur des musiques classiques (et d’autres moins !) et, surtout, parfaitement calibré – comprendre que malgré sa grandiosité et son efficacité, il nous a poliment laissés de marbre.
Du mer. 18 au ven. 20 mars à 20h
Sam. 21 mars à 18h
MC2
De 5€ à 33€
Lilia Benchabane
Le titre du premier spectacle de la jeune humoriste Lilia Benchabane pose d’emblée les bases : Handicapée méchante. Elle qui est malvoyante et albinos a, malgré les difficultés (notamment à l’école), décidé de rire de sa situation avec un efficace sens de l’autodérision – « les gens ne voient pas mon handicap, et moi, je ne vois pas les gens qui ne voient pas mon handicap ! » Une heure rondement menée pendant laquelle elle fait également passer en filigrane de nombreux messages à celles et ceux que la société appelle « les valides ».
Jeu. 23 avr. à 20h
L’Amphi de Pont-de-Claix
De 6,70€ à 16,80€
L’Abolition des privilèges
Un comédien (Maxime Pambet), seul en scène, raconte et, surtout, joue au public, en donnant voix et corps à de nombreuses figures historiques, la fameuse nuit du 4 août 1789 qui vit enfin advenir dans la France monarchiste L’Abolition des privilèges (d’où le titre du spectacle d’Hugues Duchêne). Basée sur le roman de Bertrand Guillot et agrémentée d’une dernière partie plus contemporaine, cette proposition survoltée, façon one-man-show, captive tant par la forme que par le fond, incorporant finement les spectatrices et spectateurs au dispositif afin de les faire entrer dans la grande histoire.
Ven. 24 avr. à 14h30 et 20h
TMG – Théâtre 145
De 5€ à 16€
Les Gros patinent bien
Six ans après sa création, le spectacle à succès Les Gros patinent bien tourne toujours, avec une nouvelle date dans la région. Imaginé par le duo Pierre Guillois-Olivier Martin-Salvan (qui ne le jouent plus depuis quelques années mais l’ont confié à plusieurs interprètes tant les représentations s’enchaînent), il raconte l’histoire d’un homme gros, statique, qui voyage grâce à un acolyte maigrichon et sa centaine de cartons figurant aussi bien des lieux que des objets ou des personnages. Pour un résultat burlesquement grandiose.
Ven. 24 avr. à 20h
Le Diapason (Saint-Marcellin)
De 11€ à 23€
Slava’s Snowshow
Spectacle quasi muet qui tourne depuis sa création à Saint-Pétersbourg en 1993 (oui, 1993), le Slava’s Snowshow remplit les salles partout dans le monde grâce à son approche magnifiquement généreuse et poétique qui, comme il est coutume de le dire dans les médias, enchante petits et grands. Sur scène, des clowns, pas forcément drôles, souvent touchants, communient avec le public jusqu’à fusionner avec lui.
Du mer. 6 au dim. 10 mai
MC2
De 5€ à 46€
Philippine Delaire
La famille, l’amour, le mariage, la bourgeoisie… Rien de bien nouveau sous le ciel de l’humour, mais l’approche de Philippine Delaire, qui rencontre un petit succès sur les réseaux sociaux, est on ne peut plus revigorante sur scène et transforme n’importe quel thème banal en explosion survitaminée. Son spectacle Fifille à papa, dédié à son père mort alors qu’elle n’avait que 18 ans, jongle ainsi habilement entre légèreté assumée, adresses au public efficaces et moments d’émotion, le tout avec un sourire XXL contaminant.
Jeu. 28 mai à 20h
L’Ilyade (Seyssinet-Pariset)
34€
Et aussi
Dans notre numéro de septembre, nous listions d’autres propositions immanquables de la saison – l’article 15 spectacles à découvrir absolument cette année est toujours disponible sur notre site. Certaines ne sont pas encore passées et méritent donc d’être rappelées – elles joueront toutes en mars. Ainsi du Makbeth (à la MC2) de Louis Arene et Lionel Lingelser, savoureuse et sanguinolente relecture du mythe shakespearien par l’une des compagnies (le Munstrum) qui a le plus le vent en poupe en ce moment dans le théâtre français. Ainsi, également, d’un solo fort porté par une comédienne magnétique : Niquer la fatalité d’Estelle Meyer (à l’Odyssée). Notons également le spectacle Vive de Joséphine Chaffin qui aborde la douloureuse question de l’inceste à travers le récit d’une jeune cheffe qui accuse son père, star du monde de la cuisine (au TMG). Quant à Va aimer, seule-en-scène d’Eva Rami prévu le 27 mars au Déclic, il est finalement reporté au 5 novembre prochain.
Photo © Fabienne Rappenneau