Reprise

Ex-Bobine : on vous dit tout sur le projet porté par La Belle Électrique

/ Par Hugo Verit

« Le bowling », c’est ainsi que La Belle Électrique désigne l’ex-Bobine en attendant de lui trouver un nouveau nom. Façon élégante de ne pas s’approprier 30 ans d’histoire, 30 ans de musique et de culture alternatives portées par l’association Projet Bob qui a mis la clé sous la porte l’été dernier. Repreneur officiel choisi par la Ville de Grenoble fin janvier, la Belle souhaite donc rebaptiser les lieux, mais pas question de révolutionner leur usage : « C’est une salle de concert, des studios de répétition et un bar… Étonnamment c’est exactement ce qu’on va faire. Notre première motivation pour déposer un dossier dans le cadre de l’appel à partenaire de la Ville, c’était de sauver l’outil pour le garder dans le giron des musiques actuelles », pose d’emblée le directeur, Fredéric Lapierre.

La Bobine (pardon, le bowling) conserve ainsi sa raison d’être : une offre de concerts à petite jauge, idéale pour programmer des artistes en devenir et des esthétiques plus confidentielles : « Cette capacité de 300 places correspond parfaitement aux moyens structurels qu’il nous faut pour proposer de la découverte, ce qu’on ne pouvait pas envisager dans notre salle de 1000 places. On va pouvoir s’ouvrir à ce qu’on appelle, dans le jargon, le bas de catalogue des producteurs nationaux, c’est-à-dire des projets musicaux en développement.Par exemple, Jain ou Pomme ont fait des premières parties à la Belle au tout début de leur carrière (et personne ne s’en souvient). C’est ce type d’artistes que l’on peut valoriser sur la future scène du bowling. » Il y aura donc de la chanson et de la pop au programme, ainsi que des esthétiques moins grand public : « Certaines formes de rock, du néo-trad, du néo-jazz, des musiques du monde (même si je n’aime pas ce terme) », complète Fred Lapierre. Mais ne nous leurrons pas, il y a peu de chances de retrouver des soirées très pointues qui faisaient le bonheur de certains habitués de la Bobine… tout en creusant le déficit : « Le but est de remplir la salle car le modèle économique est extrêmement fragile. Je rappelle que La Belle Électrique, c’est 80 % d’autofinancement. » Si la grande majorité des concerts seront payants, on nous promet quelques soirées gratuites, dont le retour tant attendu des « apéromix » : « Est-ce que ce sera le mardi soir ? Est-ce qu’on changera de nom ? On ne sait pas, mais il y a des rendez-vous incontournables qu’on veut garder ». À noter que le bowling n’accueillera pas de soirées tardives. En revanche, il pourrait peut-être s’offrir quelques détours vers des formes plus théâtrales, de l’improvisation ou du stand-up…

Une programmation partagée

Pour construire sa programmation, La Belle Électrique travaillera régulièrement en collaboration avec des structures locales comme Mix’Arts, Retour de scène, Le Comptoir des arts, le Périscope… « Notre volonté est d’ouvrir la salle à un maximum d’acteurs possible à travers des coproductions, des co-réalisations ou de la location. » Ce modèle en rappelle un autre : celui de l’Ampérage dont le cœur de métier est la mise à disposition de son équipement au tissu associatif grenoblois. De quoi susciter de légitimes inquiétudes. « C’est le premier acteur que je suis allé voir, précise Fred Lapierre. Il va falloir qu’on soit attentifs à ne pas déséquilibrer l’écosystème local dans sa globalité. Ça veut dire ne pas proposer la même esthétique le même soir, fonctionner avec des agendas partagés comme nous le faisons depuis des années et s’assurer que nos tarifs de location sont les mêmes, ou proches. Je pense qu’il y a de la place pour deux clubs de 300 personnes à Grenoble, la liste d’attente est longue… » En outre, le directeur affirme que la Belle devrait continuer à organiser ses quelques soirées « Court-circuit » à l’Ampérage.

À vous les studios

En récupérant le bowling, La Belle Électrique se dote également d’un outil précieux pour « muscler » ses activités d’action culturelle et d’accompagnement de la scène locale. Les artistes accompagnés investiront les studios de répétition de l’ex-Bobine et pourront profiter de résidences in situ, sur une scène mieux adaptée à leurs besoins : « Le plateau de la Belle était surdimensionné pour des groupes qui tournent essentiellement dans des petites jauges. » Par ailleurs, les locaux de répétition seront en partie ouverts à tous, selon un fonctionnement classique de location à l’heure ou à la demi-journée. Cela signifie, en conséquence, que la Smac s’apprête à libérer le bâtiment de la Clé de Sol, quartier Hoche, qui abritait jusqu’alors ses studios de répétition – le fameux Labo de la Belle.

Ouverture en septembre

Rien d’inattendu ou d’extravagant dans ce projet qui s’éloigne fatalement de l’esprit Bobine originel (c’est moins militant, moins audacieux) mais pourrait selon toute logique trouver son équilibre économique afin de pérenniser l’équipement. Comment ? Pas de miracle dans le domaine des musiques actuelles : les recettes du bar seront cruciales. « C’est notre outil commercial pour financer une partie des activités. Mais il ne faut pas rêver, même avec un bar qui fonctionne bien, le bowling n’a jamais été et ne sera jamais une machine à profit. » Si Fred Lapierre tient à relativiser cette donnée, c’est aussi pour passer un message aux partenaires publics de La Belle Électrique : « Pour le moment, l’obtention du label Smac l’an dernier ne s’est pas traduite en soutien financier supplémentaire. Avec l’ouverture d’un second lieu, on espère qu’il y aura, de leur part, la volonté de nous aider un peu plus. »

Le bowling devrait rouvrir ses portes en septembre 2026 avec « un bout de programmation, le bar-resto et un planning de résidence structuré, mais on envisage peut-être d’ouvrir la partie bar dès cet été ». D’ici là, La Belle Électrique invite l’ensemble des Grenoblois à un « apéro remue-méninges » mardi 24 février en vue de réfléchir au nom du futur lieu.


En plus du bowling, La Belle Électrique récupère également la gestion du pavillon de la tour Perret, l’ancien kiosque du petit train rouge. Elle y proposera quelques boissons, des sucreries, du snacking et en profitera certainement pour imaginer une programmation culturelle estivale, capitalisant sur les allées et venues des visiteurs de la tour Perret qui devrait ouvrir au mois de juin.

Photo ©Ville de Grenoble

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