Photographie

La grande bourgeoisie du XIXe siècle immortalisée par Gabrielle Hébert

Commençons par un petit rappel des faits. Tout au long de sa vie, Gabrielle Hébert, épouse du peintre Ernest Hébert, voua à son mari un amour qui confine à la vénération (probablement facilité par la trentaine d’années qui les séparent…). Lorsqu’en 1885 il est nommé pour la seconde fois directeur de la Villa Médicis, Académie de France à Rome, elle se retrouve en proie à l’ennui (comme beaucoup de femmes de la grande bourgeoisie de l’époque) et s’adonne alors quotidiennement à la photographie (un passe-temps convenable et suffisamment inoffensif pour une femme de son rang). Gabrielle documente alors le quotidien de son cher mari et constitue méthodiquement des albums richement renseignés qui apparaissent aujourd’hui comme une mine d’information sur la vie de l’institution. On y voit les personnalités de passage (Sarah Bernhardt, la princesse Mathilde), les peintres à l’ouvrage et de nombreuses séances de pose. Les modèles sont souvent nus, plus rarement déguisés (lorsqu’ils servent des thèmes religieux ou mythologiques) et parfois même « loqueteux » (comme Gabrielle le dit elle-même des personnes du peuple recrutées aux abords de la Villa). Si certaines scènes témoignent d’une ambiance bon enfant (une amusante séance de saute-mouton), on reste pour notre part mi-atterré, mi-amusé par le conservatisme ambiant qui se dégage de ces images. On y observe des jeunes filles nubiles qui, quand elles ne posent pas nues pour Ernest Hébert (alors septuagénaire), lui tiennent son ombrelle ou s’assoient fidèlement auprès de lui tandis qu’il peint des lys…

À travers ces images, Ernest Hébert apparaît vraiment comme la queue de comète de l’académisme le plus classique alors qu’au même moment, en Europe, le monde artistique moderne est en pleine effervescence ! Quant aux photographies de Gabrielle, si leur valeur documentaire est indéniable, elles ne sont pas franchement renversantes. On retiendra surtout les clichés réalisés lors de son voyage en Italie : les femmes à une fenêtre en Sicile, ou Hébert à l’ouvrage dans le théâtre de Syracuse. / BB

Photo © Musée d’Orsay, Dist. Grand Palais Rnm – Alexis Brand

GABRIELLE HéBERT - AMOUR FOU à LA VILLA MéDICIS

Du samedi 7 mars au dimanche 31 mai

Musée Hébert (La Tronche)

Gratuit

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