Rap

Isha & Limsa d’Aulnay : dévotion rap à la Belle Électrique

Au commencement, il y a cette pochette : deux banlieusards, la trentaine bien avancée, un look à mi-chemin entre streetwear et tenue de pêche, qui prennent la pose un gigantesque esturgeon entre leurs mains. En second plan, une rivière verdâtre, quelques arbres et encore derrière, au loin, une barre d’immeuble grise et un ciel tout aussi gris. Le décor est posé. Le titre ensuite, qui claque comme une évidence : Bitume Caviar. Un volume 1 sorti en 2023, et le deuxième il y a quelques mois. Et puis bien sûr, le pedigree des intervenants : deux rappeurs talentueux et aguerris, l’un de Belgique et l’autre de Seine-Saint-Denis. Très respectés dans le milieu mais n’ayant jamais dépassé le succès d’estime. « 25 ans de rap, 25 ans de bénévolat », comme ils l’expliquent à Libération. Mais ça, c’était avant – avant la naissance du duo.

À l’écoute, la complémentarité des flows sonne juste, le degré d’exigence et de maîtrise foudroie. La flamboyance est aux abonnés absents, la banlieue chevillée au corps, la mélancolie aussi. Insomnies, doutes, routines hasardeuses, conscience de classe et monotonie du quotidien : leur univers est le même mais leur manière de l’évoquer varie. Les récits de petits riens créent une œuvre, la précision dans la description est chirurgicale, les punchlines lapidaires, la sensibilité exacerbée. Mais sans jamais en faire des tonnes, on n’est pas là pour donner dans le lyrique, encore moins pour s’apitoyer.

Brumeux et fantomatiques, les instrumentaux sont au diapason. Du boom-bap version 2026, des samples acoustiques et des sonorités électroniques, quelques beat-switchs pour ne pas s’ennuyer. Et ces mélodies rémanentes qui hantent les flows comme des âmes en peine : du son qui tourne en boucle et qui parle de gens qui tournent en rond. Mais par pitié, ne leur faites pas le coup de la « poésie du bitume ». Isha et Limsa d’Aulnay, c’est juste du rap. Et c’est déjà bien suffisant comme ça. / DG

Photo © Romain Garcin

ISHA & LIMSA D'AULNAY

Samedi 25 avril à 20h

La Belle Électrique (Grenoble)

De 29€ à 34€

CHRONIQUES CULTURE

Pour sa saison estivale, la Grange Dîmière présente une collaboration inédite entre une céramiste dont les créations aux formes organiques ...

Avec « L’Heure du bain », le musée Mainssieux aborde un sujet moins anodin qu’il n’y paraît et propose une ...

Après quatre années de fermeture, le musée Géo-Charles accueille à nouveau du public grâce à une exposition qui permet de ...

Un poil obscur et pas forcément hyper sexy, le sujet de Rouge comme neige s’avère assez passionnant lorsqu’on prend le ...