Festival

Festival de l'Arpenteur : « La montagne est le cœur du projet artistique »

/ Par Aurélien Martinez

« Ici, on a peu d’espaces qu’on pourrait dire dédiés à la culture. Par conséquent, on essaie d’investir les lieux du village – comme le parc de la mairie, la cour de l’école, la salle des fêtes, des granges, la station de ski… – pour vraiment ancrer le festival sur le territoire. » Chaque été depuis 1996, l’Arpenteur, son « théâtre pentu » et sa « parole avalancheuse » (ce sont les sous-titres poétiques affichés) se déploient au cœur du village des Adrets, à 750 mètres d’altitude dans le massif de Belledonne, entre Grenoble et Chambéry. Un cadre littéralement époustouflant pour l’un des festivals estivaux les plus passionnants et exigeants de la région, dont la programmation peut à chaque fois rivaliser avec celles des grands théâtres urbains.

« Comme les gens ne sont pas forcément tous des habitués des lieux de spectacle, on se doit d’être responsables de la qualité des projets que l’on présente, explique Céline Saint-Martin, directrice générale de l’Arpenteur. Nous allons repérer des spectacles dans toute la France, tous les artistes sont professionnels, notre équipe travaille toute l’année et pas seulement sur le temps du festival. C’est donc en effet la même démarche qu’un théâtre, à ceci près qu’il faut qu’on aille peut-être encore davantage chercher notre public que les théâtres classiques. »

Si le festival n’a pas fait d’étude récente pour obtenir des chiffres exacts, Céline Saint-Martin estime que le public de l’événement (4600 personnes l’an dernier) est en partie local, avec une moitié de voisins du massif de Belledonne et du Grésivaudan, une autre moitié d’habitants des agglomérations de Grenoble et Chambéry, et quelques personnes fidèles qui viennent de plus loin et prennent parfois des vacances spécialement pour l’Arpenteur. « On a un public en quête de propositions artistiques un peu à la marge de ce qui se fait dans les grands festivals », assure-t-elle, en vantant une programmation à taille humaine.

Décaler la montagne

L’Arpenteur est ainsi axé sur la création contemporaine, avec toutes les disciplines artistiques convoquées. Cette année, sous la thématique « chercher refuge » qui peut avoir un sens politique (Laetitia Cuvelier, la directrice artistique, parle de « sombres temps » dans son édito), l’équipe propose du théâtre (avec par exemple le très engagé Nicolas Lambert), de la poésie, de la musique ou encore pas mal de cirque – grâce notamment au collectif Maison Courbe.

Et aussi des propositions qui n’utilisent pas uniquement le cadre magnifique de la montagne, mais le décalent, voire jouent avec. À l’image de La Fondation du rien de la compagnie La Vaste Entreprise de Nicolas Heredia qui, sur le front de neige de la station de Prapoutel, proposera de « s’inscrire à des activités annulées, pour pouvoir enfin profiter tranquillement d’un peu de temps libre » (extrait de la note d’intention). De quoi indirectement soulever les questions actuelles autour de la montagne et de sa surexploitation à certaines périodes.

Au-delà de la carte postale

Car pour Scènes obliques, l’association fondée par Antoine Choplin qui pilote le festival, la montagne n’est pas qu’un cadre de carte postale, c’est l’ADN du projet. Depuis 2023, elle a même rajouté le sous-titre « Espace culturel de la montagne » sous son nom. « C’était pour officialiser le fait que la montagne devient le cœur du projet artistique de Scènes obliques. On est passés d’une montagne comme lieu refuge, d’accueil et grand paysage, à une montagne comme sujet dans ce qu’on travaille », résumé Céline Saint-Martin, qui rappelle que l’association a une activité à l’année, avec des résidences artistiques dans la durée ou encore d’autres événements : Rendez-vous au manoir, « arts en chantier & fenêtres sur le paysage » en mai à La Pierre, et L’Esprit des lieux, « conversations d’altitude & utopies hors-pistes » à l’automne à la station de Prapoutel.

Un travail mené conjointement avec les habitants, certains hébergeant les artistes chez eux le temps du festival, et bien sûr les artistes eux-mêmes. « On a envie de leur donner une place dans ces enjeux de montagne. Car les artistes sont des gens qui sont aussi concernés par ce qui se passe sur les territoires, par les questions autour de l’écologie, du social, de la citoyenneté, de la relation au tourisme, des réalités de la montagne… »

Photo © Marie Clauzade

L'ARPENTEUR

Du samedi 4 juillet au samedi 11 juillet

Les Adrets-en-Belledonne

De 5€ à 20€

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