Art contemporain

Léon Tutundjian, tout un univers

·

Électron libre de la scène artistique parisienne des années 1920, Léon Tutundjian a fini par s’effacer de la mémoire des historiens de l’art au point de n’apparaître que rarement dans les musées. Soucieux de rappeler que cette histoire se joue parfois avec le concours de figures discrètes mais précieuses, le Musée de Grenoble nous invite à reprendre la mesure de l’œuvre de cet artiste singulier. Car en effet, ce n’est pas parce que Tutundjian ne rentre pas dans les cases qu’il n’a pas pour autant produit de quoi occuper les murs.

Composée de 130 œuvres qui se déploient dans une dizaine de salles, cette exposition rétrospective rend bien compte de la diversité des approches et des techniques qu’a pu développer Tutundjian au cours de sa carrière. Artiste de son temps, celui des avant-gardes des années 1920, il explore et expérimente tous azimuts (collages, tachisme, abstraction géométrique ou biomorphique), autant inspiré par la recherche scientifique (les images microscopiques, l’observation des astres, le développement de la psychologie…) que par les grands mouvements artistiques de son époque (abstraction, constructivisme, cubisme, surréalisme…). Pour faire écho à cette pluralité, les commissaires de l’exposition ont fait le choix judicieux de présenter dans chaque salle une œuvre de la collection permanente du musée et de nous la faire redécouvrir à l’aune du regard sensible de Tutundjian.

Fluidité

Ce qui est plus remarquable encore que cette diversité d’approches, c’est la fluidité avec laquelle on passe de l’une à l’autre tout au long du parcours. Ainsi, de subtils premiers portraits dont les traits ont l’air de se disloquer dans l’encre, Tutundjian dérive vers des dessins tachistes qui amorcent sa bascule vers l’abstraction. S’ensuivent des expérimentations toujours abstraites mais beaucoup plus graphiques qui, partant d’un travail sur le plan, aboutissent à des compositions renouant avec l’illusion de la profondeur. Avant précisément d’entrer réellement dans le relief grâce à des réalisations faites de coupelles concaves ou convexes donnant l’impression d’un cercle ou d’une boule. Enfin, lorsque Tutundjian revient à la figuration avec des natures mortes à la sensibilité surréaliste, ce ne sont toujours finalement que des formes qui flottent dans l’espace – chaque composition apparaissant comme un mini-système planétaire avec ses logiques propres.

Épilogue

La chronique pourrait s’arrêter là si nous n’avions pas eu, en feuilletant distraitement le catalogue de l’exposition, une révélation qu’il nous amuse de vous partager. Le vocabulaire formel que développe Tutundjian dans ses dessins nous est apparu comme similaire à celui des Shadoks – génial film d’animation absurde des années 1960. On y retrouve les lignes souples, les cercles ciselés, les constellations vaporeuses et un jeu subtil sur les équilibres précaires… Rapprochement d’autant plus cocasse que les Shadoks ne rêvent que de conquête spatiale, qui nécessite la production de Cosmogol. Encore une histoire de cosmos…

Photo © Archives Galerie Le Minotaure – Adagp, Paris, 2026

LéON TUTUNDJIAN. POéTIQUE DU COSMOS

Du samedi 30 mai au dimanche 30 août

Musée de Grenoble (Grenoble)

Gratuit

CHRONIQUES CULTURE

Sciences et nature

À défaut de pleinement recharger les nôtres (oui on a besoin de vacances), l’exposition Batteries nous a appris pas mal ...

« Il est un estuaire… » Et un tube, surtout, qui vous trotte certainement déjà dans la tête.
L’Autre ...

Niché au cœur de la Chartreuse, Sappey’tille est de retour pour sa septième édition.
Au fil du mois, plusieurs ...

Sculpteur-bricoleur, Pierre Luu imagine des œuvres cinétiques dont le mouvement est entraîné par la circulation de l’eau.
Il semblait ...