Politique

Alexis Monge : « L’urgence de rénover l’Ancien musée de peinture »

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/ Par Hugo Verit (avec Tessa Paquet)

Le monde de la culture grenoblois vous découvre avec – vous l’imaginez – beaucoup de curiosité. Alors qui êtes-vous, quel est votre parcours ?

Je viens du Poitou, j’ai fait des études d’ingénieur à Nancy et je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment pour moi. Donc j’ai fait une année de césure pendant laquelle j’ai travaillé dans une société de production qui s’appelle De l’autre côté du périph. Je me suis dit que tout ce que j’apprenais en école d’ingénieur était complètement compatible avec le monde de l’audiovisuel. Puis j’ai travaillé pendant près de 10 ans dans le groupe de France Télévisions. J’y ai produit des documentaires en tous genres pour France Télé, Ushuaïa, Arte (par exemple, un documentaire scientifique sur la grotte Chauvet). Il y a une dizaine d’années, je suis arrivé à Grenoble par amour et je suis tombé amoureux de la ville. Le télétravail me permettait de pouvoir travailler à distance, de découvrir Grenoble et de voir à quel point c’était riche, notamment culturellement.

En parallèle, je suis également membre du Parti Communiste Français depuis 2019 à Grenoble. Le PCF a aussi une dimension culturelle avec la Fête du Travailleur alpin, la Fête de l’Humanité, des événements qui portent une réflexion autour de la culture, du populaire, du faire ensemble. C’est dans ce cadre-là que j’ai rencontré Laurence Ruffin. Il y a une sorte de connivence qui m’a tout de suite plu, surtout le côté très concret dans sa manière d’envisager les choses.

Quelle place occupent l’art et la culture dans votre vie ?

Je viens d’une famille qui n’est pas du tout issue du domaine artistique et culturel. J’ai découvert la culture avec l’abonnement Canal + de mes parents et les films du dimanche après-midi. J’avais aussi la chance d’avoir avoir un cinéma art et essai dans mon village, on y allait avec l’école. Il y avait également un centre culturel dans lequel j’ai pu faire du théâtre très jeune. Le metteur en scène était auteur et écrivait à partir des trouvailles du centre des archives. Donc cette expérience m’a aidé à comprendre ce que c’était de défendre un projet culturel sur un territoire. Quand j’arrive en prépa maths et que je me rends compte que je n’ai pas d’autre choix que de devenir ingénieur, je choisis une école dans laquelle l’innovation est au centre. J’y trouvais un point de compromis, avec une pensée créative dans un métier scientifique. Et par la suite, à travers le documentaire, j’ai découvert quelque chose de l’ordre de l’artisanal – travailler avec une matière vivante – qui m’a passionné. Donc cette curiosité culturelle m’anime tous les jours.

Et d’autant plus à Grenoble, où il y a de quoi faire ?

Oui, je vais évidemment à la Cinémathèque, au 102 pour le cinéma expérimental, dans les musées, au TMG, à la MC2, dans les bibliothèques, à la Belle Électrique bien sûr où je vais prochainement voir Danyl et Sam Sauvage, au Summum, ou encore au Palais des sports (j’ai ma place pour Vanessa Paradis). Je m’intéresse également à tous les festivals portés par les associations. J’ai d’ailleurs participé à la deuxième édition du festival Écoute(s) (festival de radio et de créations sonores, ndlr). En fait, j’ai fréquenté pas mal de lieux, et depuis que je suis adjoint à la culture, je me rends compte que c’est encore plus dense que ce que j’avais imaginé.

Pour être précis, vous êtes « adjoint à la vie culturelle et aux arts », ce qui diffère de votre prédécesseuse Lucille Lheureux qui était « adjointe aux cultures ». Que revêt ce changement de dénomination ?

Pour Lucille Lheureux, il y avait vraiment la volonté de supprimer cette idée de culture universelle unique et descendante. Nous, on avait l’envie d’aller plus loin et d’affirmer cette question de la quotidienneté avec la notion de « vie culturelle ». Car on parle du vécu des gens, à travers des moments culturels, dans les institutions, dans les assos, dans les pratiques amateur·ices. Et ajouter le mot « art », c’est vraiment quelque chose d’important pour nous, surtout avec la montée de l’extrême droite. Il s’agit d’affirmer que nous défendons la création artistique, les artistes et tous les arts qui y sont associés. Défendre la création artistique, c’est aussi défendre la liberté de création et de programmation qu’on a réinscrite dans la clause de résistance adoptée lors du conseil municipal du 28 avril dernier.

Avez-vous prévu de présenter un projet de politique culturelle clair pour ce mandat ?

Mon souhait, c’était déjà de pouvoir prendre le temps de rencontrer tous les acteurs culturels qui dépendent de la ville de Grenoble et de bien comprendre comment s’organise la culture grenobloise, comment fonctionnent les différents secteurs, avant de lancer de grandes orientations. Mais fin décembre prochain, j’estime que j’aurai une visibilité assez claire et qu’au premier trimestre de 2027, on pourra présenter les premiers axes de cette politique.

Quels en seront les contours ?

Il y a d’abord cette envie de pouvoir faire du lien, de penser de nouveaux espaces de politique culturelle en se demandant comment on peut aller chercher des gens qui se pensent éloignés de la culture, comment on lutte contre le « c’est pas pour moi », quelles solutions on peut trouver aujourd’hui dans notre contexte à nous. Ma démarche culturelle est liée à une curiosité qui s’inscrit elle-même dans une volonté de lutter contre le sentiment d’exclusion ou d’illégitimité culturelle que j’ai moi-même pu ressentir lors de certaines expériences passées. C’est une forme de précarité culturelle contre laquelle je souhaite agir de manière renforcée avec les acteur·rices et travailleur·rices du secteur. 

Quels sont les grands projets prévus pour ce mandat ?

Il y a l’urgence de rénover le bâtiment de l’Ancien musée de peinture car on a été alertés sur son état : il y a des fuites d’eau et ça se dégrade énormément. Dans le cadre de cette rénovation, il faut qu’on soit en première ligne, côté culture, pour se demander ce qu’on peut mettre en place à l’intérieur de cet établissement. Notre axe, notre envie, c’est de travailler autour de la culture urbaine. Plus globalement, il y a un patrimoine à Grenoble qu’il est important de pouvoir valoriser, de pouvoir repenser, ça fera partie aussi des axes de cette politique culturelle. Par ailleurs, durant ce mandat, il y aura la réouverture de la bibliothèque Chantal-Mauduit, qui va être reconstruite suite à l’incendie de février 2025. C’est important d’acter cette reconstruction parce que ça se situe en quartier prioritaire. Cela rejoint aussi l’ouverture à Mistral du Parc des Arts du Prunier Sauvage, début 2027. Mais, évidemment, on ne sera pas dans des constructions de grands projets. On a des beaux bâtiments qu’il faut déjà valoriser.

Et qu’en est-il du projet de Grande bibliothèque à Chavant, initié lors du précédent mandat ?

L’idée d’avoir une bibliothèque plus grande que les bibliothèques de quartier actuelles reste d’actualité car on ne dispose pas d’équipement adapté à de nouveaux usages (des ateliers, de la musique, des jeux vidéo et de plateau, des expositions, ndlr). À partir de ce constat-là, se doter d’une grande bibliothèque nous semble important, d’autant que l’État nous accompagne fortement sur ce plan. Mais la construction d’un nouveau bâtiment est-elle la bonne solution ? On tient à refaire un état des lieux pour en être sûrs, car d’autres solutions pourraient apparaître.

Est-ce que vous envisagez toujours de fermer les bibliothèques Centre-ville et Jardin de ville ?

On est en train de tout remettre à plat avec les équipes de Laurence Ruffin. On a écouté les critiques et on les comprend. Maintenant, on va essayer de trouver le chemin le plus juste. Et puisqu’on parle des bibliothèques, je veux aussi parler du Printemps du livre (passé en biennale lors du dernier mandat d’Éric Piolle, ndlr), car c’est l’un des premiers sujets sur lequel je me suis penché à mon arrivée.

Et la Fête des tuiles alors ? L’événement a souvent été critiqué : il faut dire que son coût de 260 000€ interpelle (quand on sait que le budget global d’un festival comme le Cabaret frappé n’est pas beaucoup plus élevé – 325 000€)…

Il faut d’abord préciser que, pour la première fois, un adjoint va reprendre tous les événements de la Ville afin de poser une ligne politique sur cette question, il s’agit de Leny Moulin, adjoint à l’événementiel. C’est donc lui qui portera principalement la Fête des tuiles, même si j’y suis associé avec ma casquette culture.

Il y aura bien une Fête des tuiles en 2026 car on ne pouvait pas imaginer enlever une fête aux Grenoblois à ce moment-là de l’année. Si l’idée est toujours de la réinventer, on ne veut pas le faire sans prendre le temps d’y associer tous les acteurs associatifs, culturels et autres.  En ce qui concerne le monde culturel, il y a une attente de clarification sur la place de la culture à l’intérieur de cet événement que nous avons prise en compte. Effectivement, sur la question du budget, on fait le constat que, surtout depuis le besoin de sécurisation lié aux attentats, ça coûte cher de fermer une avenue aussi grande que les cours Jean-Jaurès et Libération. C’est chouette de rendre l’espace public aux habitant·es, mais au vu du contexte budgétaire dans lequel chaque euro compte, peut-être qu’on peut réfléchir autrement.

Photo © DR

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