Décédé prématurément en 2024, Adrien Fregosi, échirollois d’origine et sétois d’adoption, fut une figure artistique singulière de la scène grenobloise alternative. Le Magasin lui rend hommage avec une exposition rétrospective sensible et pleine de malice.
/ Par Benjamin Bardinet
Artiste de la marge, plus favorable aux courants alternatifs qui circulent dans les squats qu’à celui continu qui alimente les institutions, Adrien Fregosi fut un trublion actif de l’underground grenoblois des années 2000. Graffitis, fanzines, dessins et photographies témoignent d’une pratique fortement marquée par une approche inventive, expérimentale et sensible. Une sensibilité à laquelle la scénographie de l’exposition rend hommage grâce à des choix aussi modestes que pertinents – en accord avec la pratique d’Adrien. Ainsi, l’ambiance lumineuse qui évolue d’une salle à l’autre renvoie aux différents moments de la journée que le visiteur est invité à traverser comme un parcours de vie évoquant tout aussi bien les copains, la fête et les sorties au parc, que la maladie, la mort et les fantômes. Et si le titre désuet Dès potron-minet désigne la première heure du matin, c’est par le début de soirée que s’ouvre le parcours avec une invitation à faire le mur suggérée dans un dessin de Fregosi et une peinture murale réalisée sur place par un de ses proches, Roméo Julien. Car le choix a été fait pour cette rétrospective d’inviter des artistes (amis ou mentors) à dialoguer avec son œuvre. On y retrouve chez les uns le goût de la récupération (plastique fondu d’Anita Molinero, papier-mâché de Laurent Faulon), chez les autres l’intérêt pour ce qui se joue en marge (les détritus fantomatiques de Delphine Reist) ou dans la rue (le graffiti géant et les chiens à roulettes de Noé Nadaud).
Une expression spontanée
À travers sa pratique, Fregosi interroge les normes et la manière dont elles nous conditionnent. Quand il adopte un code comme l’alphabet, c’est pour mieux le réinventer à grands coups d’aérographe, quand il arpente les rues c’est pour y déceler d’improbables sculptures involontaires faites de déchets, et lorsqu’il se rend à l’université c’est pour relever les graffitis des étudiants sur les tables des amphis. Passionné par les expressions spontanées, affranchies de la notion de savoir-faire, Adrien Fregosi revendiquait un style volontairement naïf en réaction à la virtuosité stérile alors en pleine croissance dans le street art. Il parvient ainsi à créer, grâce aux moyens qui sont les siens, des formes d’une complexe simplicité témoignant d’une expression singulière et d’une sensibilité remarquable. Alors on peut s’interroger sur sa place dans une institution comme le Magasin, mais rejoindre la norme, de temps en temps, est sans doute une manière d’être à la marge… et inversement.
Photo ©Grégoire d’Ablon