Tout en moutons bavards et êtres humains tragiquement drôles, »Foutue bergerie », dernière création de Pierre Guillois à voir à la MC2, brasse large pour mieux embrasser notre époque. Savoureusement imparfait.
Créé l’an passé, le spectacle Foutue bergerie de l’auteur, metteur en scène et comédien Pierre Guillois n’a pas rencontré le succès, tant du côté du public (36 % d’avis négatifs sur le site Billet Réduc tout de même !) que de la presse. Et ce alors que ses Bigre et Les Gros patinent bien sont devenus avec le temps des hits du théâtre de ces dernières années – ils seront d’ailleurs de nouveau visibles dans l’agglo en 2027 (fin mai à la MC2 pour le premier, début janvier à la Vence scène et à l’Espace Paul-Jargot pour le second). N’empêche, cette nouvelle aventure aux atours burlesques et à l’arrière-fond politique est plus intéressante qu’il n’y paraît…
Des moutons bavards et philosophes, des agriculteurs endeuillés par la disparition de leur fils, un jeune stagiaire débarquant de la cité voisine, une ville qui grignote la campagne non sans violences, une journaliste bien décidée à obtenir des informations sur un possible scandale sanitaire… Pierre Guillois a goulûment chargé la barque de sa farce afin que son « drame rural » embrasse large et soit matière à réflexions.
Micropénis et Marine Le Pen
Ainsi ce micropénis du fils suicidé dû, sans doute, aux pesticides. Derrière le rire potache, un sujet on ne peut plus sérieux. Ainsi cet autre arc narratif autour de la drôle de confrontation entre un électeur de Marine Le Pen et un jeune dit de banlieue, prétexte à évoquer une situation politique d’actualité – notamment la fameuse France rurale qui serait oubliée et que Pierre Guillois a connue lorsqu’il dirigeait le Théâtre du Peuple à Bussang, dans les Vosges.
Déployée au cœur d’une scénographie inventive, la première couche du récit est certes potache, vulgaire, parfois facile. Mais finalement diablement plaisante, et loin du didactisme possible avec ce genre de sujets. Surtout, les personnages qu’a inventés Pierre Guillois, des animaux problématiques aux humains peu futés (mention spéciale à l’autre fils porté sur le sexe), sont de véritables cadeaux pour des interprètes qui s’en donnent à cœur joie !
Photo ©Martin Argyroglo