Art contemporain

Anne Truitt et François Morellet, deux expos à fond la forme au Musée de Grenoble

·

Dans les milieux bourgeois progressistes new-yorkais des années 1960, le top de la hype était de posséder dans son loft quelques œuvres aussi formalistes que minimales dont la rétrospective Anne Truitt est une belle occasion de faire pleinement l’expérience. Dès l’introduction, deux stèles blanches nous accueillent et annoncent les bases radicales de l’approche de Truitt : il n’y a pas à voir autre chose que ce que vous voyez, il faut donc scruter dans les détails pour percevoir la manière dont le blanc, méticuleusement apposé au pinceau, interagit avec la lumière pour produire, à la surface de la sculpture, une légère vibration… Alternant travaux picturaux (souvent horizontaux), œuvres sculpturales (majoritairement verticales) et ponctuée de quelques pièces graphiques (de vibrantes lignes d’horizon), cette rétrospective développe un environnement sensible où les monolithes semblent flotter légèrement au-dessus du sol et les paysages monochromes s’ouvrir sur l’infini. La traversée de l’exposition incite le visiteur à mettre sa vision en éveil, au point que pour notre part, notre regard fut captivé par les jointures du plafond et les petites imperfections du haut des cimaises du musée… Blague à part, rappelons toutefois que si cette forme d’art fut en son temps l’aboutissement d’une réflexion nécessaire sur les fondamentaux de la peinture et de la sculpture, elle fut également largement soutenue par la CIA qui se chargeait d’en faire la promotion à grands coups d’expositions itinérantes. En effet, en plus de faire moderne (par opposition au réalisme socialiste en vigueur côté soviétique), l’art formaliste avait le mérite d’évacuer totalement toute allusion à d’éventuelles réalités sociales ou politiques (sujets qui pouvaient gâcher les soirées mondaines dans les lofts susmentionnés).

L’humour à la rescousse

À défaut de politique, c’est d’humour dont il est question avec François Morellet auquel le Musée de Grenoble rend hommage à l’occasion du centenaire de sa naissance. Ce petit accrochage des œuvres de la collection du musée permet d’avoir un aperçu du travail de ce « rigoureux rigolard » qui s’est rapidement émancipé de l’art géométrique abstrait de son époque pour développer une pratique personnelle laissant une place importante au jeu, au hasard et à l’humour. Morellet réalise ainsi des tableaux géométriques dont la composition est déléguée à l’apparition de numéros pairs ou impairs dans les pages de l’annuaire téléphonique et, quand il s’efforce à appliquer un protocole de réalisation savamment et raisonnablement logique, il produit des pièces dont la perception visuelle échappe à la raison – tout particulièrement dans les œuvres qui le rapprochent de l’art optique des années 1970. Il y a ainsi dans ce travail une tension entre raison et déraison qui n’est pas pour nous déplaire…

Photo ©annetruitt.org. All rights reserved 2026 – Bridgeman Images

ANNE TRUITT. LIBéRER LA COULEUR

Du samedi 3 octobre au dimanche 10 janvier

Musée de Grenoble (Grenoble)

Gratuit

FRANçOIS MORELLET. SOUS LA GéOMéTRIE, LA FACéTIE

Du samedi 3 octobre au dimanche 17 janvier

Musée de Grenoble

Gratuit

CHRONIQUES CULTURE

La compagnie Baro d’evel propose à chaque fois des spectacles à la croisée des genres – ni théâtre, ni danse, ...

Une tour HLM, une île de loisirs, un quartier du Queens… Ce mois-ci, plusieurs documentaires trouvent leur ancrage dans un ...

Que l’on soit artiste d’un jour ou accompli, griffonneur de dessins ou poète, à qui n’est-il jamais arrivé d’être en ...

Invités en résidence dans le pays d’Allevard, les photographes grenoblois Stéphanie Nelson et Alexis Bérar ont imaginé une exposition où ...