Anniversaire

La Chartreuse, laboratoire scientifique depuis 30 ans

/ Par Jérémy Tronc

Le Parc a noué une relation étroite avec le monde scientifique. Doté depuis ses débuts d’un comité scientifique, fusionné aujourd’hui avec celui de la Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, le territoire se distingue par une collaboration active avec les chercheurs. « La science, c’est un investissement sur l’avenir, selon le directeur du Parc naturel régional de Chartreuse Dominique Escaron. Quand le mont Granier s’effondre par exemple, on est bien contents d’avoir des scientifiques pour éclairer les décisions à prendre : fermer une route, évacuer un village… »
L’exemple de la station météorologique du col de Porte, une des plus anciennes de France, illustre cette dynamique. Avec ses 250 capteurs, elle suit l’évolution de l’enneigement et du climat depuis 1960. Ses données, exploitées par des experts internationaux du climat, y sont d’autant plus précieuses. Elles montrent entre autres que la hauteur moyenne de neige a diminué de 40 cm, révélant l’impact du réchauffement climatique.

Un glacier en Chartreuse ?

Dans les entrailles du massif, un autre front de recherche s’est ouvert : le glacier souterrain du gouffre du Grand Glacier, niché dans une cavité à 1600 mètres d’altitude. Cette étonnante relique glaciaire est suivie par des glaciologues et des spéléologues depuis plusieurs années. Elle constitue un témoin précieux des évolutions climatiques. Contrairement aux glaciers de surface, celui-ci réagit de manière plus lente, mais plus constante, aux variations de température extérieure. Les chercheurs y mesurent régulièrement la température de l’air, la fonte de la glace ou encore l’humidité. Avec un constat inquiétant : « La moyenne sur l’année est passée au-dessus de zéro degré dans la cavité. L’équilibre est rompu », déplore Didier Monin, spéléologue. Conséquence : plus de 1,5 mètre de glace a disparu depuis 2014, remettant en question la stabilité de cet ensemble souterrain.

D’autres chercheurs orientent leurs recherches pour mesurer la biodiversité. Les entomologistes, par exemple, suivent depuis plusieurs années sur différents sites les populations de syrphes, ces petites mouches noires et jaunes pollinisatrices, bio-indicatrices de l’évolution des milieux. Résultat : une baisse aussi bien en quantité (-16 % entre 2009 et 2020) qu’en diversité (-7 % sur la même période), imputable au réchauffement climatique.

Les habitants mis à contribution

Avec le programme Phénoclim, le Parc associe aussi les habitants à l’effort scientifique. Développé par le Centre de recherches sur les écosystèmes d’altitude du Mont-Blanc et déployé en Chartreuse, ce projet de « science participative » propose aux citoyens d’observer les dates de floraison, de feuillaison ou de chute des feuilles sur des espèces locales. Ces données précises, collectées sur le long terme, sont d’excellents indicateurs de l’évolution du climat. « On note globalement un allongement des saisons. Cela permet aux arbres de se trouver dans des endroits où ils n’étaient pas capables d’aller auparavant. Tous les 10 ans, les arbres montent de 30 mètres dans la montagne », constate Colin Van Reeth du Centre de recherches sur les écosystèmes d’altitude.
Le territoire affine ainsi sa connaissance de l’impact du réchauffement sur les cycles biologiques des plantes, mais aussi sur la gestion future de ses forêts, un de ses enjeux majeurs. Longtemps perçue comme résiliente du fait de l’humidité du massif, elle révèle aujourd’hui une fragilité insoupçonnée face au stress hydrique. « On a beau être l’un des massifs les plus arrosés, nos forêts résistent moins bien que celles de Grenoble, plus bas, mais qui disposent d’un terrain plus favorable », constate le président du Parc. Grâce aux données scientifiques collectées localement, le Parc travaille avec les élus et les gestionnaires forestiers pour repenser les plantations, diversifier les essences et renforcer la résilience des milieux.

En Chartreuse, science et politique locale avancent ainsi main dans la main depuis 30 ans. Cette approche a permis des avancées notables : programmes de replantation, protection de rivières sauvages, réintroduction réussie du bouquetin, sans parler du maintien du lynx. Tous ces éléments s’inscrivent dans une vision à long terme, où la connaissance devient un levier d’action au service des habitants et des professionnels qui font vivre le territoire.



Une grosse fête pour les 30 ans


Créé le 6 mai 1995, le Parc naturel régional de Chartreuse organise pour ses 30 ans une grosse fête, le samedi 14 juin à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Pour valoriser tous les savoir-faire et la dynamique du territoire, une soixantaine de stands de producteurs locaux, d’artisans et d’associations sont invités. Journée rythmée aussi par des spectacles, conférences, expositions, ateliers et animations pour petits et grands. Autre moment important : l’inauguration à 11h de la nouvelle Maison du Parc (très vieillissante) et de l’Office de tourisme intercommunal. En soirée, la fête continuera avec un bal populaire animé par les très bons Barbarins Fourchus, avec food trucks locaux pour pallier petites et grosses faims.

Photo ©Jérémy Tronc

30 ANS DU PARC DE CHARTREUSE

Samedi 14 juin à 10h

Saint-Pierre-de-Chartreuse

Gratuit

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