Humour

Akim Omiri : « Ce qui me choque, c'est qu'on me remercie »

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Il y a plusieurs types d’humour – du quotidien, absurde, noir… Diriez-vous que le vôtre est engagé ?

Je dirais que c’est un humour qui est aussi du quotidien, puisque je parle de politique et que la politique a une influence sur notre quotidien. Après, j’ai du mal avec le mot « engagé ». Parfois je le revendique, parfois non… Parce que cette notion d’humour engagé s’oppose à celle d’un humour qui ne dirait soi-disant rien. Mais comme tout est politique, toute blague l’est. La seule question, c’est de qui on rit. Si on rit de personnes qui ne sont pas puissantes, qui sont stigmatisées, c’est aussi un rire engagé. Mais un rire engagé dans le mauvais sens pour moi.

Diriez-vous que votre humour est positionné à gauche ? On le constate dans votre spectacle Contexte où, par exemple, vous parlez du cancer qui vous a touché plus jeune pour alerter sur l’état de notre système de santé actuel…

Je n’aime pas raconter des anecdotes pour raconter des anecdotes. C’est en quelque sorte ce que j’ai pu faire jusqu’ici dans mes spectacles – s’il y avait bien un message dedans, ce n’était pas le point le plus important. Aujourd’hui, j’ai plutôt inversé ma manière d’écrire, en me demandant d’abord quel intérêt a cette anecdote, pourquoi je la raconte, quel propos elle sert… Donc oui, j’assume complètement de faire un humour qui défend des valeurs de gauche : le vivre-ensemble, la communion, la lutte contre l’impérialisme et les gens qui profitent du peuple…

Une parole qui semble presque cathartique pour votre public au vu des réactions dans la salle…

On me dit énormément ça. Et, surtout, ce qui me choque, c’est qu’on me remercie. Quand je joue le spectacle, je vois que les gens se disent qu’ils ne sont pas fous, qu’on est nombreux à penser comme ça finalement. Être dans une salle avec une foule qui rit dans la même direction, ça fait énormément de bien et ça redonne du courage et de l’espoir.

Quel a été le point de départ de votre spectacle ?

Pendant le Covid, j’étais enfermé comme tout le monde, et je voyais cette actualité qui me rendait fou. En en discutant avec mon ami et coauteur Kaza, on s’est dit que mon prochain spectacle devrait plus ressembler à l’engagement que j’ai au quotidien. Si je ne l’avais pas fait avant, c’est parce que je ne m’en sentais pas forcément capable. Mais à force de voir sur les plateaux de CNews des intervenants raconter des conneries sur tous les sujets en se présentant comme experts, je me suis dit que je n’avais aucune raison de m’interdire de donner moi aussi mon point de vue, avec humour bien sûr.

Une démarche que vous prolongez dans l’émission La Riposte que vous avez lancée l’an passé sur Radio Nova avec succès…

Avec La Riposte, on veut essayer de remettre un peu de vérité dans les médias qui nous abreuvent tous les jours d’informations orientées. On fait ce travail en ne prétendant pas être neutres mais en assumant d’être ouvertement orientés, de gauche, tout en étant honnêtes et transparents. Comme ça, il n’y a pas de mensonges sur le contenu.

C’est une émission de combat, comme le nom le montre…

Oui, clairement. On combat aussi bien l’extrême droite que les gens qui se disent de gauche alors qu’ils ne le sont pas. C’est sûr qu’avec cette démarche, on n’a pas beaucoup d’alliés !

Vous avez rejoint Nova en 2024 après un premier passage mouvementé sur France Inter…

Du temps où Guillaume Meurice était sur France Inter le dimanche soir, je l’ai appelé car on se connaissait – j’avais fait l’une de ses premières parties quelques années auparavant. Comme mon nouveau spectacle correspondait à la ligne éditoriale de son émission, je lui ai demandé de le rejoindre. Il m’a répondu que ce n’était pas possible d’être chroniqueur vu que l’équipe était complète, mais que je pouvais venir au tremplin et ainsi promouvoir mon spectacle. J’ai accepté. Sauf que quand la date est arrivée, Guillaume n’avait plus le droit d’être à l’antenne [à la suite de la polémique autour de sa blague sur Benyamin Netanyahou – NDLR]. Au lieu de faire la promo de mon spectacle, j’ai donc écrit une chronique pour le défendre. Ça l’a touché, parce que des gens avec qui il travaillait depuis longtemps ne l’ont pas fait.

Il vous a ensuite proposé de le suivre sur Radio Nova, où vous avez été chroniqueur avant d’avoir votre propre émission…

Il avait compris comme moi qu’après cette chronique, je ne repasserais pas sur France Inter ! Alors quand il a eu l’opportunité de lancer son émission La Dernière, il m’a proposé d’en faire partie en tant que chroniqueur. C’est là que j’ai été repéré par Matthieu Pigasse [propriétaire de la holding Combat Media, à laquelle appartient Radio Nova] et, surtout, Wassila Meddas [directrice des marques du groupe Combat]. Ils m’ont demandé si j’avais des projets qui pourraient être sur Nova. Au bout d’un certain nombre d’échanges, on a réussi à produire La Riposte.

Le fait que Radio Nova soit la propriété d’un milliardaire, Matthieu Pigasse, a dû vous questionner quand vous avez rejoint la station ?

Oui, ça a été une question. J’ai tout de suite dit que je voulais bien présenter une émission chez eux à la condition que personne à la direction ne me dicte mes sujets, ne relise mes textes… C’est bien le cas. Après, oui, Nova appartient à un milliardaire, mais c’est un milliardaire qui soutient les partis de gauche, qui défend la taxe Zucman… Moi, ça me va de travailler dans son média. Le jour où ça ne m’ira plus, je partirai.

Votre émission, et plus globalement Radio Nova, rencontrent une popularité croissante – la station vient de franchir le cap des 2 millions d’auditeurs quotidiens. Est-ce un signal politique ?

Ce succès dit qu’il n’y a pas vraiment de médias grand public de gauche en France, et que dès qu’il y en a un, il fait des scores ! C’est aussi la preuve qu’il y a énormément de gens de gauche dans ce pays mais qu’on ne leur donne pas accès aux médias. Ou alors, quand on les invite, il y a une personne face à six : impossible de réellement développer une pensée. C’est pour ça qu’avoir une émission comme La Riposte est important. Ce n’est pas normal qu’un pays comme la France doive dépendre d’un milliardaire pour avoir ce genre d’émission. On devrait être sur le service public !

Photo ©Raphaël Liot

AKIM OMIRI

Vendredi 16 octobre à 20h

L'Ilyade (Seyssinet-Pariset)

32€

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