Étonnante dynastie d’ébénistes grenoblois, les Hache ont produit pendant plus d’un siècle des meubles remarquables dont le travail de marqueterie est sidérant. Grâce à deux approches aussi stimulantes que complémentaires, le Musée dauphinois et la Fondation Glénat proposent de (re)découvrir ces artisans d’exception.
/ Par Benjamin Bardinet
De prime abord, pour le commun des mortels, une expo de mobilier du XVIIIe siècle, ce n’est pas forcément hyper sexy… Mais si on l’accompagne d’une scénographie sobre et élégante, qu’on y distille un zeste de pédagogie et qu’on y invite le design contemporain, alors on obtient une exposition dans laquelle il vaut le coup d’aller faire un tour, même si on n’est pas un aficionado des arts décoratifs.
Pensée pour faire découvrir le travail remarquable de la famille Hache (trois générations d’ébénistes grenoblois qui traversent le XVIIIe siècle), l’exposition du Musée dauphinois a été initiée suite à une donation exceptionnelle faite par Catherine Jouanneau dont le père Stephan Jouanneau était un collectionneur admirateur du travail des Hache. Le parti pris de faire dialoguer leurs créations avec celles d’artisans-designers contemporains confère au parcours tout son intérêt. Les arborescences florales luxuriantes de Thomas Hache viennent se confronter aux courbes concentriques d’Anna le Corno, les motifs géométriques des cubes caractéristiques de Jean-François Hache dialoguent avec une marqueterie de motifs pixelisés créée par Benjamin Graindorge… et ainsi de suite avec les créations en impression 3D de Line & Raphaël, le travail à partir de bois de récupération de Piet Hein Eek ou la fantastique technique de marqueterie de pailles perpétuée par Lison de Caunes… Et, bonus non négligeable, une interface numérique permet de démonter un meuble Hache et de littéralement naviguer dedans. Un dispositif qui, loin d’être un gadget, apporte une plus-value remarquable.
Les Hache chez Glénat
De son côté, l’exposition de la Fondation Glénat propose un regard plus historique en s’appuyant sur sa collection. On comprend ainsi pourquoi les commodes sont inventées au début du XVIIIe, on revient sur l’étymologie du mot « armoire » et on découvre les multiples formes et usages des coffrets et du petit mobilier… Mais surtout, l’expo met l’accent sur l’évolution du style Hache au cours du siècle des Lumières : de la luxuriance florale un poil exubérante de Pierre Hache (influencé par les Italiens) aux motifs géométriques de Jean-François dont le style opte parfois pour une forme de sobriété qui apparaît à nos yeux comme assez « moderne ».
Moderne, Jean-François l’était aussi dans sa gestion des affaires : il développe une boutique attenante à son atelier et colle à l’intérieur de ses meubles des étiquettes vantant les mérites de ses créations dont il précise qu’elles sont vendues à « un juste prix ». Ironie du sort, en 1793, Jean-François, pour avoir un peu trop travaillé au service de l’aristocratie (car il fallait pouvoir se payer de telles réalisations dont la richesse ornementale se devait d’être le reflet de votre statut social) va passer quelques mois dans le couvent Sainte-Marie-d’en-Haut, alors transformé en prison, où siège désormais le Musée dauphinois qui le consacre.
Photo © Denis Vincon – Département de l’Isère