Festival

Cabaret Frappé 2026 : quelques concerts bien frais

/ Par Hugo Verit

Les mairies passent et le Cabaret Frappé demeure. Créé en 1999 sous la première mandature de Michel Destot, devenu intégralement gratuit deux ans après l’élection d’Éric Piolle, le festival musical connaît sa troisième édile en la personne de Laurence Ruffin… qui n’a pas prévu de changer la formule. Organisé par la Ville, ce bouillant banger de l’été grenoblois doit aussi sa réussite à l’association Retour de scène qui parvient, malgré un budget contraint, à façonner une programmation « accessible à l’oreille », multigenre, et construite comme un récit : un début, une fin, des moments de tension et de relâchement.

Mercredi

Ça débutera loin – géographiquement du moins. Avec une première soirée voyageuse qui invalide clairement le concept de « musiques du monde » (terme fourre-tout et occidentalo-centré que nous utilisons parfois pour guider le lecteur, à défaut, mais pas de gaîté de cœur). N’est-il pas absolument absurde de ranger dans le même sac les incursions rock et funk (vite fait Red Hot par moments) des Congolais de Jupiter & Okwess, la pop-folk quasi variété de Sara Curruchich venue des hauts plateaux du Guatemala, et le jazz orientalisant – et extatique – des Gréco-Grenoblois de Marthe dialoguant avec la chanteuse et poétesse sud-africaine Pilani Bubu ? Oui, on vous le demande !

Jeudi

Retour en Europe pour une deuxième affiche qui réunit plusieurs artistes prometteurs, possibles futurs grands noms qu’il sera bientôt compliqué d’écouter dans un petit festival gratos. Alors ne ratez surtout pas le concert de Yvnnis, rappeur à large palette comme en témoigne son album DND, captivant de bout en bout grâce à une diversité sonore remarquable. Mention spéciale aux samples de Bara (les violons très soul d’un vieux groupe japonais) et Émoticône (Zaho de Sagazan, une évidence mais il fallait y penser). Avant lui, monteront également sur scène Asfar Shamsi, autrice d’un EP pop très générationnel (le coup de boule de Zidane en tragédie commune) et le Belge TeddyBear au phrasé inspiré d’illustres compatriotes (Brel, Stromae). Côté scène locale, place à Fav et ses chansons aux influences britanniques (on écoutait manifestement les mêmes groupes au lycée).

Vendredi

Nous voici déjà au mitan du festival, merveilleux moment pour une apothéose, un concert qui marque les esprits, les cœurs, les corps, tout. Il paraît ainsi naturel de retrouver Mélissa Laveaux ce beau soir-là. L’impériale blueswoman franco-canadienne bénéficie d’un rare privilège : elle jouera une deuxième fois au Cabaret après sa première venue en 2013. Avec, dans ses mallettes, un nouvel album poignant, richissime d’arrangements puissants, entre folk, rock, blues (et ses ascendances haïtiennes jamais bien loin) – un disque pour faire face à la mort et la maladie, en l’occurrence une sclérose en plaques. Oui, ça s’annonce très fort, mais pas larmoyant. D’autant que la chanteuse sera suivie et précédée de deux formations résolument festives : le brass band électro Gallowstreet et Los Burritos Santos, nos fiers destriers de la cumbia dauphinoise.

Samedi

Samedi soir, c’est la teuf. Mis à part le concert inaugural de Verdée, subtile chanteuse du Trièves, cette quatrième soirée devrait transformer le Jardin de ville en dancefloor à ciel ouvert avec, en conclusion, un DJ set de Barbara Butch – l’artiste qui choqua malgré elle la France puritaine et fragile (la France, quoi) lors de sa performance à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Et la voici de nouveau au cœur d’une polémique depuis qu’elle a signé une tribune en soutien à la loi Yadan (un texte dont on a le droit de penser qu’il était clairement partial), même si cela semble déranger beaucoup moins de monde dans ce pays. Mais revenons à la musique, voulez-vous ? Juste avant Barbara « polémique » Butch, la drag queen Piche viendra délivrer son rap queer à sequins et le trio Ditter son « post-punk joyeux » qui attise notre curiosité (les influences qu’ils citent sont impeccables : LCD Soundsystem, The Psychotic Monks, The Dø, Bowie…).

Dimanche

Au plateau ce dimanche soir, moins nerveux dans l’ensemble, le surprenant chœur d’hommes (y en des barbes !) Les Mécanos, mémoire ouvrière de Saint-Étienne, ainsi que deux projets grenoblois : la soul de Naphasso et le duo hip-hop Soalo. Enfin, comme l’an passé, Retour de scène conclut le festival avec le seul groupe rock de la programmation : Dead Chic et leurs guitares western Morricone bien émouvantes, un final qui s’annonce épique sous les platanes stupéfaits.  

Photo © Ville de Grenoble

CABARET FRAPPé

Du mercredi 15 juillet au dimanche 19 juillet

Jardin de ville (Grenoble)

Gratuit

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