L’humanité doit-elle expier à nouveau ses péchés ? Ou plutôt son grand péché contemporain d’où résultent tous les autres : le capitalisme infernal ? Sans doute, sans doute. Dans un monde occidental qui ne croit plus en Dieu, et qui confie sans regret sa technique, sa précieuse technique, à des intelligences artificielles univoques, la question n’a pas fini de se poser. Le musicien calabrais Davide Ambrogio s’empare ainsi pleinement du sujet avec son deuxième album, Mater nullius, pensé comme le Chemin de croix (14 étapes, 14 chansons) d’un individu sans nom, d’un être collectif se réconciliant progressivement avec la nature – celle qui l’entoure et le constitue.
Oui c’est mystique, et totalement de notre époque, Davide Ambrogio s’inscrivant dans le sillon néofolk ou néotrad qui consiste à célébrer la musique traditionnelle et rituelle de nos ancêtres en l’actualisant par l’adjonction de textures électroniques.
De plus en plus répandue, cette revisite des répertoires populaires d’hier peut parfois sembler artificielle. Tout le contraire de notre homme, dont le parcours entre en parfaite cohérence avec l’intention : enfance dans un village de l’Aspromonte aux traditions bien ancrées, passion pour les instruments rituels de sa terre, étude du chant sarde et de la polyphonie, un premier album (Evocazioni et Invocazioni) déjà baigné de rites et de solennité sonore… Jusqu’à ce Mater nullius éblouissant de pureté, où les tambours et les scansions rappellent tout le potentiel révolutionnaire de la musique. / HV
Photo ©Valeria Taccone