Et là, soudain, une évidence, qu’il est toujours bon de redire, surtout quand elle se rappelle au public de telle manière : Philippe Decouflé est un immense chorégraphe, et ce depuis plus de quarante ans. Entre-temps, sa dernière proposition en forme de pot-pourri, ou peut-être plutôt de bilan, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une déclaration d’amour à la danse, à la sienne autant qu’à celle des autres, le prouve à merveille.
En quelque deux heures, certes inégales mais qu’importe, Decouflé articule une traversée dans le temps, notamment celui de la danse, des corps qu’elle met en scène, avec neuf interprètes (de presque 40 ans à plus de 70 ans) dont pas mal de complices de longue date. Une traversée précise, inventive, drôle, théâtrale par moments, qui ne refuse pas de faire plaisir aux spectatrices et spectateurs, de les charmer, de jouer avec leurs sens, leur perception, de les envelopper dans des chansons familières… Et également de les émouvoir avec force images, comme celle de la simplicité des êtres qui s’étreignent ou encore de la puissance du collectif dans les ultimes séquences, matière parfaite à standing ovation. Et là, soudain, une évidence : l’œil mouille. / AM
Photo © Jean Vermeulen-Saint-Médard