« Mesdames et Messieurs, chers amis, chers publics, bienvenue ! Voici l’histoire de Molière comme vous ne l’avez jamais entendue auparavant ! » À la MC2, cinq comédiennes survoltées rejouent la vie du grand homme de théâtre français, et c’est savoureux. Une « Saga de Molière » résolument tout public.
/ Par Aurélien Martinez
La vie de Molière, de sa naissance à sa mort romanesque, en un peu plus d’une heure trente pleine de fond autant que de forme, c’est ce que propose la compagnie Les Estivants avec son joyeux spectacle La Saga de Molière. Librement inspirée du Roman de Monsieur de Molière de Mikhaïl Boulgakov, cette aventure, dans l’esprit du théâtre de tréteaux, apparaît d’emblée, dès l’entrée en salle, d’une immense générosité dans ce qu’elle offre. Tout un chacun peut alors se focaliser sur ce que bon lui semble, des soubassements historiques aux clins d’œil contemporains (quelle délicieuse parodie de l’émission phare de France Inter Le Masque et la plume) en passant par les blagues potaches.
Les spectatrices et spectateurs, répartis de façon trifrontale autour de la scène, se retrouvent au cœur de la machinerie théâtrale (jusqu’aux coulisses à vue), sans cesse stimulés par les comédiennes afin d’emprunter le chemin qu’elles suivent chronologiquement… et à cent à l’heure. Car tout n’y sera pas, loin de là, les un peu plus de 50 ans de vie de l’illustre Jean-Baptiste Poquelin étant condensés en quelques temps forts et une poignée de figures ayant entouré le dramaturge. À celles et ceux qui le souhaitent de continuer le chemin de leur côté, notamment quand certains passages apparaissent trop rapidement résumés.
Molière au camping
Survoltées, les cinq comédiennes, dont la metteuse en scène Johana Giacardi, s’en donnent à cœur joie, ne fixant aucun rôle et commentant avec délectation leur récit à la manière d’enfants jouant passionnément avec des marionnettes. Sauf que ces marionnettes-là sont bien vivantes et ont une soif de théâtre populaire ancrée dans leur parcours. Après avoir connu un flop auprès des professionnels il y a quelques années avec un précédent spectacle, la petite troupe a ainsi arpenté, l’été venu, les campings pour jouer, toujours et encore… Comme Molière en son temps, qui lui aussi, après plusieurs échecs, quitta Paris un long moment pour les routes de France.
Le théâtre peut être intimidant, surtout pour celles et ceux qui pensent ne pas être légitimes à entrer dans une salle de spectacle. Il peut également sembler intello, ennuyeux ou encore incompréhensible – ce qu’il est parfois, en effet ! Cette Saga de Molière démontre que convoqué de la sorte, il est un art magnifiquement vivant, collectif… et tout sauf misanthrope !
Photo ©Camille Lemonnier