Décapitation de Marie-Antoinette, exécution des Girondins, abolition de l’esclavage, instauration de l’école publique, création du musée du Louvre… Les années 1793-1794 fascinent par la diversité d’événements qui s’y déroulent ! Le musée de Vizille revient en détail sur cette période avec une exposition aussi palpitante qu’accessible.
/ Par Benjamin Bardinet
Souvent réduite à la condamnation systématique de tout « opposant » au projet révolutionnaire, la période de La Terreur n’en est pas moins le terreau d’un certain nombre d’idées et de valeurs dont nous sommes aujourd’hui redevables. C’est précisément le propos de l’exposition 1793-1794 : un tourbillon révolutionnaire dont l’ambition est de nous aider à y voir plus clair dans ces années troubles. Pour cela, le parcours s’appuie sur quelques objets remarquables, ainsi que sur un grand nombre de peintures d’époque. Et lorsque l’iconographie vient à manquer, ce sont les auteurs de la magistrale BD Révolution, Locard et Grouazel, qui ont été invités à réaliser des dessins. Ce duo de dessinateurs parvient merveilleusement à reconstituer l’effervescence révolutionnaire des faubourgs parisiens et c’est précisément avec un de leur dessin que s’ouvre l’exposition : on assiste au pilonnage de la première version de la constitution alors favorable à une monarchie constitutionnelle. L’intérêt du peuple est désormais mis en avant au point que, dans la nouvelle mouture adoptée en 1793, il est inscrit que lorsque le gouvernement « viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple […] le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Réalisée en quelques mois par les 749 députés de la Convention Nationale, cette constitution peut se targuer d’être réellement révolutionnaire !
Le citoyen lambda…
Naturellement, on l’imagine bien, les nombreux bouleversements politiques de cette période ne sont pas de tout repos pour le citoyen lambda. Une émouvante série de petites saynètes découpées en atteste. Y est représentée de façon très explicite la fabrication de fusils nécessaires à soutenir la mobilisation, la misère due à la situation économique désastreuse, les nombreuses arrestations mais aussi un repas républicain ou encore une famille allant à la guinguette. En effet, tout au long de cette période instable sont organisées de nombreuses fêtes dont témoignent plusieurs peintures fourmillant de détails. Ces événements avaient pour but de fédérer la Nation (qui se fait attaquer de toutes parts) mais également de participer à la création d’un nouvel ordre dans une société où la religion serait désormais mise en sourdine – le culte de l’Être suprême initié par Robespierre en étant la tentative la plus marquante.
… et les grandes figures
L’exposition s’attarde en conclusion sur différents protagonistes de cette période. Robespierre tout d’abord qui incarne souvent à lui seul La Terreur. De fait, désigné comme bouc émissaire, son exécution marque le terme de cette période chaotique. Face à ce dernier pan de mur conclusif qui réévalue la responsabilité du député, c’est vers une autre grande figure exécutée lors de cette période que l’on se tourne : Marie-Antoinette. On la voit entourée de gardes, en chemin vers l’échafaud. Auréolée de lumière, les yeux tournés vers le ciel, elle apparaît comme une figure divine tandis qu’en face d’elle la plèbe parisienne, qui se réjouit de son sort, s’agite grossièrement. Une gigantesque peinture signée par un certain William Hamilton, peintre anglais dont on imagine aisément qu’il n’apprécie guère qu’une reine soit malmenée…
Photo © Locard et Grouazel