Projection

"Le Prix du danger" au Ciné-club : l'œuvre d'Yves Boisset, réalisateur sans concession

/ Par Damien Grimbert

Disparu au printemps dernier, Yves Boisset n’était pas du genre à se faire beaucoup d’amis. Auteur dans les années 70 et 80 d’une longue lignée de films-brûlots sur des sujets brûlants (L’Attentat sur l’affaire Ben Barka, R.A.S. sur la guerre d’Algérie, Dupont Lajoie sur la montée du racisme ordinaire, Le Juge Fayard dit « le Shériff » sur le Service d’action civique…), en délicatesse avec le gouvernement, l’armée, la police, les mouvances d’extrême-droite et plus globalement tout ce que le pays comptait de forces conservatrices, il n’était guère apprécié non plus de la sphère cinéphile qui lui reprochait son manque de nuance, de finesse et de subtilité. Un reproche pas complètement injustifié, soyons honnêtes, mais qui passe néanmoins à côté d’une donnée importante : avec une poignée d’autres réalisateurs de l’époque comme Serge Leroy (La Traque) ou Alain Jessua (Les Chiens, Paradis pour tous), Yves Boisset revendiquait ouvertement « faire un cinéma populaire, politique, qui essaie de toucher un public non militant, voire non informé, qui cherche à avoir le maximum d’impact, qui se donne les moyens de faire des entrées (…) ». Et si par bien des aspects, Le Prix du danger (1983) n’est pas, loin s’en faut, son film qui a le mieux vieilli, c’est peut-être en revanche l’un de ceux qui incarnent le mieux cette tentative de faire du divertissement grand public tout en restant profondément politisé.

Adapté d’une nouvelle éponyme de l’auteur de science-fiction new-yorkais Robert Sheckley, il décrit un jeu télévisé futuriste prenant la forme d’une chasse à l’homme, dans lequel les candidats sont traqués par des tueurs choisis dans le public, sous l’œil des caméras, d’un présentateur goguenard (Michel Piccoli) d’un directeur de chaîne cynique (Bruno Cremer) et d’une productrice ambivalente (Marie-France Pisier). Dénonciation cinglante des médias de masse, des dérives de l’ultra-libéralisme et des pulsions voyeuristes des spectateurs, Le Prix du danger accuse certes passablement le poids des années. Il n’en reste pas moins l’un des derniers témoignages d’une frange du cinéma aujourd’hui complètement portée disparue.

Photo © DR

LE PRIX DU DANGER

Mercredi 11 mars à 19h

Cinéma Juliet-Berto (Grenoble)

6,50€

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