Si l’on vous disait qu’un texte jeune public pouvait dépasser les frontières de l’enfance pour venir cueillir nos sensibilités d’adultes ? C’est en tout cas l’effet que nous a procuré Les Hamsters n’existent pas. Un spectacle d’une formidable finesse émotionnelle qui fait traverser le petit spectateur autant que l’adulte par une palette infinie de ressentis. L’auteur Antonio Carmona, qui pour la première fois met en scène son propre texte, puise dans la puissance évocatrice des mots pour proposer au public « un spectacle éruptif » mais aussi et surtout, hautement sensible.
Tout commence dans la vie d’un enfant en apparence anodine : pleine d’inventivité, d’amusements et d’une grande complicité avec Bubulle, le hamster de compagnie. Tout va très bien dans cette existence presque normale. Normale oui, à cela près peut-être que le papa ne rit plus depuis quatre ans et que la maman, dans son bonheur nouveau d’avoir rencontré un Américain joyeusement excentrique, touche régulièrement son ventre en pleurant. Quelque chose a dû se passer, quelque chose a dû venir émousser la joie naturelle de cette famille. Mais alors, quoi donc ?
La question du tabou, amenée avec d’infinies nuances, fait jour sur la pièce. La narration progressive et la qualité de jeu des deux comédiens nous font pénétrer avec un réalisme déconcertant plein de subtilités dans ces moments où l’on n’a pas dit, soit parce que c’était peut-être trop douloureux, soit parce que l’on a jugé inutile de partager les embûches et les coups durs de la vie. En sortant de la pièce, il semble que nous ayons vécu un voyage sensible au cœur d’une famille qui aurait pu être la nôtre. / DR
Photo ©Christophe Raynaud de Lage