Le collectif grenoblois Troisième bureau revient avec son festival Regards croisés, passionnante fenêtre sur les écritures théâtrales contemporaines. Nous avons lu les textes qui seront proposés cette année au public désireux de se confronter au théâtre d’aujourd’hui. Sélection.
/ Par Aurélien Martinez
Occupation israélienne en Palestine, mouvement antivax, homophobie, écologie… Chaque printemps, le festival Regards croisés met en avant le théâtre qui s’écrit au présent. Et les thématiques des œuvres de cette année démontrent une nouvelle fois que les autrices et auteurs contemporains savent embrasser les enjeux de notre monde au moment où « tout ce qu’on nomme humanité part en cacahuète », comme le déplore l’autrice Magali Mougel dans l’édito de cette 26e édition titrée : « Il faut revoir ce système capitaliste ». Tout un programme (engagé).
Le texte L’École Eureka de l’États-unien Jonathan Spector est ainsi une fascinante et dérangeante plongée au cœur d’un microcosme a priori protégé (une école privée) confronté à une épidémie d’oreillons qui révélera les peurs et les croyances irraisonnées des uns et des autres, prêts à s’insulter violemment au nom de leurs convictions. Un portrait en creux des États-Unis d’aujourd’hui… voire de sociétés de pas mal de pays ?
« Richesse »
Cette pièce, comme toutes celles choisies (une dizaine, dont certaines adressées au jeune public), sera lue par une équipe de comédiennes et comédiens pour tout simplement donner à entendre du théâtre avant qu’il ne soit mis en scène. Car c’est ce que s’évertue à proposer depuis plus de deux décennies le collectif grenoblois Troisième bureau, qui « réunit professionnel·le·s du théâtre, du livre et de l’éducation au sein d’un comité de lecture ».
Un travail nécessaire, puisque « la richesse de ce que l’on peut appeler littérature dramatique mérite véritablement qu’on s’y attarde », clame le collectif dans son manifeste en dix points. 78* ans de fragments de la Britannique d’origine irlandaise et palestinienne Hannah Khalil, qui part de l’année de la création de l’État d’Israël pour aller jusqu’à nos jours ; L’Affaire Magnolia de la Canadienne Maud de Palma-Duquet, sur des adolescents engagés ; ou encore Parcourir de la Française Cléa Bonnard, sur un homme qui tente de sauver son frère de l’homophobie dont il est victime (pour citer trois de nos autres coups de cœur), l’illustrent à merveille.
Photo © Jean-Pierre Angei