Quatre soirées de projections et de rencontres autour du cinéma documentaire de création : c’est ce que propose L’Excentrique Cinéma de l’association Cinex, qui pose ses bagages au 102.
/ Par Damien Grimbert
Lorsqu’on parle de cinéma documentaire, le premier réflexe est souvent d’aborder les films par leur sujet. C’est tout naturel, mais c’est aussi insuffisant. Qui filme ? Pendant combien de temps ? De quelle manière ? De quel point de vue ? En d’autres termes, la dimension documentaire nous oriente souvent inconsciemment vers une approche plus sociologique, au détriment d’une approche plus cinématographique. Et tout l’intérêt d’un événement comme l’Excentrique Cinéma (mais la même chose pourrait être dite de festivals comme Le Monde au coin de la rue ou Cinéma de quartier, dont nous vous parlions précédemment), c’est justement de modifier cette préconception. De nous rappeler l’importance du regard porté, de la subjectivité, de la sensibilité, de la grammaire cinématographique, tout aussi importants que dans le cinéma de fiction.
Réunissant six films de durée variable sélectionnés par l’équipe de Cinex, l’Excentrique Cinéma se construit avant tout en fonction des coups de cœur de chacun… et des disponibilités des cinéastes, comme nous l’explique Fabien Fischer, membre du collectif : « C’est très important pour nous d’inviter à chaque fois les réalisateurs et réalisatrices pour qu’ils puissent venir échanger avec le public à la fin des séances. » Pas de thématique transversale donc, même si dans les films de cette édition, il est beaucoup question de « tenir debout dans l’adversité ».
Au programme…
Dans Le Goût du sucre, projeté en ouverture, on suit la désillusion de Khassro, ancien combattant peshmerga. Après avoir lutté pour l’indépendance du Kurdistan et perdu son frère au combat, il constate avec amertume, cinq ans plus tard, la corruption des élites et la volonté d’exil de son fils aîné, qui travaille à ses côtés dans une décharge à ciel ouvert. Dans Sous le feu, on accompagne le temps d’un été une bande d’adolescents, fils d’ouvriers d’une usine iséroise de silicium menacée de fermeture : autres lieux, autres horizons, mais toujours le même arrière-goût tenace de déterminisme social. Dans Les Voyageurs, l’approche est différente : c’est un jeune migrant camerounais qui filme lui-même son quotidien précaire et celui de son groupe. Coincés entre le Maroc et l’Espagne, ils tentent de garder espoir malgré leurs tentatives infructueuses de traverser.
Le jeu vidéo comme échappatoire ? On s’autorise un raccourci facile, mais le thème traverse deux des autres films présentés : dans Frágil como una bomba, on suit le quotidien de Tatiana, jeune femme haute en couleur qui a quitté l’Argentine pour la France après une enfance meurtrie. Accompagnante d’un homme handicapé le jour, elle se déchaîne le soir venu sur un serveur de GTA 5 sous l’alias LaVenganza666. Dans Still Playing, c’est cette fois un créateur de jeu vidéo palestinien qu’on accompagne. Vivant en Cisjordanie avec ses deux enfants sous la menace constante des raids de l’armée israélienne, il exorcise dans ses jeux ses craintes les plus profondes. Encore une autre approche enfin pour Bon voyage, dans laquelle la réalisatrice convoque « un petit théâtre de poupées et d’objets » pour aborder l’euthanasie de sa grand-mère à l’âge de 102 ans…
Photo © Don Quichotte films