Ouverture

Réouverture de la tour Perret : le béton sans détour

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Élément distinctif du paysage grenoblois, la tour Perret fut en son temps la plus haute tour d’Europe en béton armé. Construite en 1925 pour la fameuse Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme (qui avait donc pour but de faire la promotion de l’hydroélectricité et d’amorcer le développement du tourisme alpin), elle en est aujourd’hui l’unique vestige. Un vestige qui commençait à méchamment se dégrader puisque l’armature en métal de l’édifice se corrodait, rouillait, gonflait et faisait éclater le béton. Démarrée en 2023, la restauration fut un sacré tour de force puisqu’il a fallu retirer une partie de cette ossature métallique pour la remplacer en intégrant un dispositif permettant d’éviter qu’elle ne se corrode à nouveau trop rapidement… Une restauration qui fut bien sûr également l’occasion de remettre un coup de jeune sur l’ensemble du béton grâce au mécénat du cimentier Vicat, figure locale de l’industrie du BTP. En effet, depuis son déballage à la fin de l’hiver dernier, vous avez peut-être constaté que l’édifice est nettement plus pimpant et moins grisouille.

Symbole de la modernité

Mais revenons aux origines de sa création. L’architecte Auguste Perret est invité à imaginer une tour implantée au cœur de l’exposition précédemment évoquée. Elle a pour but de servir de point de repère aux visiteurs (on se retrouve au pied de la tour) et pour ambition de symboliser la modernité industrielle grenobloise (alors incarnée par les usines Bouchayer-Viallet ou Neyrpic, toutes deux redevables à l’essor de la houille blanche promue par le papetier Bergès installé à Lancey).

De son côté, Auguste Perret y voit surtout une belle occasion de mettre ne lumière un matériau qu’il affectionne, le béton, dont il vient de faire un usage remarquable lors de la construction de l’église du Raincy, en banlieue parisienne. L’architecte imagine une tour fine et élancée (8 mètres de diamètre, 95 de haut) qui lui permette autant de mettre en lumière les bénéfices techniques du béton (rapidité de construction et solidité) que les qualités esthétiques de ce matériau brut (encore souvent peu apprécié aujourd’hui). Car Auguste Perret choisit de donner à voir le béton et de jouer avec son extrême plasticité. Moulé, il permet de créer des motifs (ceux des fameux claustras réalisés grâce aux coffrages de l’église du Raincy), mais également des courbes gracieuses – l’escalier hélicoïdal qui mène à la plateforme sommitale en est le plus éloquent témoignage. Ce choix de la transparence démontre une véritable modernité, alors qu’aujourd’hui encore, quand il est fait usage du béton, on préfère le dissimuler derrière de « beaux » placages constitués de matériaux « nobles » – en témoignent les logements de stations de ski dont les bardages en bois, qui revendiquent une forme « d’authenticité montagnarde », sont surtout là pour dissimuler le « trivial » béton qui les porte.

Une plongée dans le béton

De nos jours évidemment, à l’aune des enjeux écologiques, le béton n’est pas franchement un matériau qui a la cote : sa production énergivore contribue à l’exploitation du sable (et donc à l’érosion des zones côtières) et s’il a l’avantage de permettre des constructions rapides, il n’en est pas moins catastrophique d’un point de vue thermique (ce qui réjouit les vendeurs de climatiseurs). Pour Auguste Perret naturellement, ces arguments relèvent de la science-fiction et cette tour est simplement une étape nécessaire pour faire la promotion de son « ordre du béton armé » qui se concrétisera après-guerre avec la reconstruction intégrale de la ville du Havre. Pour nous, visiteurs contemporains, l’ascension de la tour Perret est l’occasion de prendre le temps de comprendre les logiques constructives propres au béton et d’en ressentir les qualités et la plasticité brute – ceci d’autant plus qu’elle est sublimée par l’éclairage filtrant à travers les parois ajourées. Car si la motivation première est d’accéder au panorama grandiose, il ne faut pas négliger l’expérience esthétique singulière qu’offre la visite de ce bâtiment.


Inauguration le 10 juillet

Une vraie fiesta autour de la tour Perret ? On n’avait pas vu ça – de mémoire – depuis le dernier feu d’artifice tiré du PPM, avant que les festivités du 14 juillet ne migrent à la Villeneuve en 2022 (ce qui est une bonne chose, précisons-le). Pas de spectacle pyrotechnique pour cette inauguration qui tombe quatre jours avant la fête nationale, mais une performance de « danse verticale » par la compagnie Les Impondérables qui s’était déjà illustrée lors de l’ouverture du centre commercial Neyrpic. La Belle Électrique, qui exploitera bientôt la Face B non loin et le pavillon de la tour Perret, a également été conviée pour assurer la programmation musicale : un double DJ set de tubes rock/ska/soul/tout-ça assuré par le trio Up Tight et un live afrobeat d’Astroficus – que des grands classiques grenoblois. / HV

Photo © Auriane Poillet – Ville de Grenoble

INAUGURATION DE LA TOUR PERRET

Vendredi 10 juillet à 17h

Au pied de la tour Perret (Grenoble)

Gratuit

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