Anaïs avait vingt ans d’avance. En 2004, elle crée The Cheap Show (littéralement « le spectacle pas cher »), seule-en-scène musical qui, sans coûter un rond, rencontre un succès phénoménal. Soit le graal pour tout programmateur actuel, dont les budgets sont de plus en plus contraints par l’inflation générale et l’évanescence de l’argent public. Remplir les salles avec un micro, une guitare et un looper, façon concert dans le métro, voilà la seule issue à notre époque !
Sauf que ça n’est pas donné à tout le monde. Le coup de génie d’Anaïs, totalement inconnue au début des années 2000, est d’avoir inversé la chaîne de l’industrie musicale. Plutôt que d’adapter péniblement sur scène un album enregistré avec tout plein de pistes injouables en concert, elle composa des chansons pour le live, dans les conditions du live, et avec la seule équipe dont elle disposait alors : elle-même. Il s’agissait de monter un véritable spectacle en comptant tout simplement sur le bouche-à-oreille du public. Elle se lança ainsi dans une tournée sans album, qui deviendra un album détourné : The Cheap Show version disque fut capté lors d’un concert au Poste à Galène, mythique petite salle de la Plaine à Marseille. Puis connut une sortie DVD en 2006, filmée à Rennes, qui permet de prendre toute la mesure de ce spectacle variéto-comique dans lequel Anaïs, grâce à une technique vocale affûtée, imite Linda Lemay, se mue en cornemuse écossaise, raconte des histoires de cœur universelles, bidouille un blues volontairement démonstratif ou singe les rappeurs d’alors (et ça, honnêtement, c’est un peu malaisant…).
Vingt ans plus tard donc, la chanteuse n’a jamais connu plus grand succès et s’offre naturellement un petit plaisir nostalgique en rejouant le spectacle qui la porta au sommet. Avec, au passage, une réédition du Cheap Show en vinyle sur son propre label Reft. Moins cheap que jadis, Anaïs. / HV
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