Théâtre

"Vive" au TMG : cauchemar en cuisine

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/ Par Aurélien Martinez

Un hashtag qui, en 2021 à la suite notamment de la parution du livre La Familia Grande de Camille Kouchner, explosa au visage de la société : #MeTooInceste. Et une prise de conscience d’un drame trop souvent passé sous silence : « 81 % des violences sexuelles commencent avant 18 ans ; et dans 94 % des cas, ces violences sont commises par un proche », rappelle l’autrice et metteuse en scène Joséphine Chaffin de la compagnie Superlune dans la note d’intention de son spectacle Vive, visible dès l’adolescence (à partir de 13 ans). Une claque, mais assénée finement.

« Anaïs [Lacascade] avait sept ans quand un adulte l’a trahie », annonce l’avocat de la jeune femme à la barre. Cet adulte, c’est son père, grande figure de la cuisine, qui se retrouve face à la justice. En mettant le procès au cœur de son aventure, Joséphine Chaffin permet à son récit d’exposer pleinement ses enjeux tout en laissant la forme artistique se déployer – que de personnages hauts en couleur, de costumes cérémonieux et de décors imposants dans la salle d’audience d’un tribunal. En 1h30, elle décortique ainsi les ressorts de l’inceste, ce mal que beaucoup ne veulent pas nommer et dénoncer, ici entre autres pour des questions de réputation familiale. D’où les flash-back qui parsèment le spectacle afin de remonter le fil de l’histoire.

Le loup et l’agneau

Dans le rôle de celle qui accuse des années après les faits, Hermine Dos Santos est remarquable, comme les autres membres de la distribution (dont Clément Carabédian, le cometteur en scène) qui portent plusieurs personnages – les professionnels de la justice, les témoins, les membres de la famille… Et notamment celui, complexe, du père qui voyait en sa petite dernière une digne héritière en cuisine. Le loup et l’agneau, comme le raconte la fable, évoquée dans le texte.

Dans une scénographie en quadrifrontal qui immerge habilement le public au cœur du dispositif, façon jurés d’assises, et avec une mise en scène habilement rythmée, Vive apparaît alors comme une proposition d’une grande intelligence, ouvertement pédagogique, avec pourtant un sujet peu simple, voire inflammable, en poche – « la violence pédocriminelle ne relève pas de dérives isolées et monstrueuses, elle est au contraire structurelle, une constante des rapports sociaux, et même le socle de notre société patriarcale : 96 % des agresseurs sont des hommes », écrit Joséphine Chaffin. Un spectacle pour, entre autres, alerter et libérer la parole… ou plutôt l’écoute de cette parole.

Photo © Julie Cherki

VIVE

Mercredi 18 mars à 20h

TMG - Théâtre 145 (Grenoble)

De 5€ à 16€

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