Dans les colonnes de VRaAC, on s’enthousiasme régulièrement pour des albums, mais en louant certains morceaux plus que d’autres. La plupart des disques ont le même défaut : un contenu inégal, des hauts, des bas – le dénivelé de l’inspiration. Alors, quand parvint à nos oreilles Another kind of suicide, premier album de Zoe Heselton, l’évidence s’imposa. Pour en parler honnêtement, impossible de ne pas employer le mot interdit, gigantesque et galvaudé, le beau nom précieux qu’un critique musical ne doit jamais prononcer à la légère : chef-d’œuvre.
Appelons donc un chat un chat, puisqu’Another kind of suicide, au long de ses titres folk et blues, ne connaît aucun fléchissement. Tout y est sensationnel et à sa place. Rien à retirer, rien à ajouter – pas un milligramme de son, pas un vers, pas une rime. Sur cet album forgé pendant 10 ans (le temps fait toujours bon ménage avec la perfection), Zoe Heselton pétrifie l’univers grâce à un admirable jeu de picking sur Telecaster, des poèmes terribles, et une voix pénétrante dont les soubresauts évoquent parfois David Bowie en personne – sentiments de réincarnation aussi fugaces que saisissants. Peut-être pas un hasard, d’ailleurs, si la dernière chanson s’intitule Changes, titre ultra conclusif et consolateur, parachevant un immense disque de blues contemporain. / HV
Photo © Pauline Gouablin