Et si l’immense Shakespeare, celui dont les pièces ont traversé les siècles et sont devenues certaines des plus célèbres du répertoire mondial, ne s’appelait pas Shakespeare ? Ou plutôt : et si ce n’était pas Shakespeare, celui dont les spécialistes n’arrivent pas à retracer toute la vie et n’ont pas retrouvé de manuscrit de sa main, qui avait écrit ses œuvres ? Tel est le point de départ vertigineux du passionnant spectacle Mary Sidney alias Shakespeare de la metteuse en scène, autrice et chercheuse en « matrimoine » Aurore Évain, d’après le travail de la chercheuse états-unienne Robin P. Williams.
C’est cette dernière qui, il y a vingt ans, a émis l’hypothèse, avec force d’arguments, que les textes de Shakespeare pourraient être en fait ceux de la femme de lettres anglaise Mary Sidney, contemporaine du fameux William. « Une hypothèse qui a de quoi hanter tout masculiniste qui s’ignore », s’amuse Aurore Évain dans la note d’intention de son spectacle en forme de conférence à deux voix (avec la comédienne Fanny Zeller) pleine d’informations et d’humour qui n’assène pas de vérités mais creuse des pistes, parfois troublantes – Robin P. Williams a longuement bossé son sujet pour délivrer cette analyse forcément explosive. Être ou ne pas être Shakespeare, telle est la question. / AM
Photo © Charline Fauveau