Danse

À la MC2, Gallotta fait son cinéma

/ Par Aurélien Martinez

Il aurait pu tourner dans Les Amants du Pont-Neuf de Leos Carax, était à deux doigts de collaborer avec Jean-Luc Godard, a intensément ému Nanni Moretti avec sa danse… Il y a un léger aspect ego trip dans Cher cinéma, la dernière création de Jean-Claude Gallotta. Comme dans certaines de ses précédentes pièces, le chorégraphe, pilier de la danse contemporaine française fortement lié à Grenoble (il a dirigé le centre chorégraphique de la ville pendant plus de 30 ans, jusqu’en 2015), parle en voix off entre les séquences, évoquant ainsi ses souvenirs avec tel ou telle cinéaste, mais aussi pourquoi leur art ou leurs films l’inspirent tant…

Quitte, donc, à s’inclure dans leur grande histoire avec des sortes de lettres pour témoigner de ce qu’« il a appris » de ces grands artistes – c’est le leitmotiv de la pièce. Pourquoi pas, surtout que Jean-Claude Gallotta explique souvent faire des spectacles pour rendre aux autres un peu de ce qu’ils lui ont apporté, même sans le savoir, et même si la rencontre n’a jamais eu lieu (c’est le cas parfois ici).

Sa déclaration

Mais au-delà de cette litanie de grands noms (sont également évoqués Federico Fellini, Bertrand Blier, Tonie Marshall, Patrice Chéreau…), Cher cinéma est avant tout une élégante déclaration d’amour au septième art, son « unique école », bien que le chorégraphe ait par le passé célébré à de nombreuses reprises la musique avec ses pièces – les bien nommées My Rock et My Ladies Rock ou encore sa relecture de L’Homme à tête de choux de Gainsbourg avec Alain Bashung à la bande-son.

Sur le plateau, neuf interprètes (dont plusieurs collaborent avec le maître depuis des années), costumes noirs sur chemises blanches, déploient, en duo ou en groupe, la fameuse grammaire gallottienne, cette ribambelle de gestes, de sauts, de traversées, d’images qui fait toute la force du style primesautier de Gallotta. Construit en différents tableaux imaginés chacun autour d’un réalisateur ou d’une réalisatrice, Cher cinéma a un aspect patchwork qui fonctionne pleinement. Et ce, contrairement à ce que le public aurait pu attendre, sans images projetées des œuvres en question – cela ne fonctionnait pas et affadissait autant la danse que le cinéma, a-t-il constaté au début des répétitions.

Cher Jean-Claude

En résulte un hommage sensible qui, lors des dates grenobloises, glissera doucement vers l’hommage à Gallotta lui-même puisque la MC2, dans le cadre de son événement de fin de saison La MC2 en fête, propose une sorte de focus sur le chorégraphe dont la compagnie est hébergée au sein de son bâtiment – tout se tient. Cher cinéma oblige, Jean-Claude Gallotta sera invité à la Cinémathèque de Grenoble jeudi 5 juin pour parler de ses cinéastes fétiches et montrer des extraits de certains de leurs films, avant la projection du long-métrage Douze mille de Nadège Trebal, aux chorégraphies signées de sa main.

Mais c’est bien à la MC2 directement que le temps fort autour de la légende grenobloise se déroulera avec, outre les représentations de Cher cinéma, précédées d’un extrait de sa pièce Trois Générations offert à plusieurs groupes d’amateurs (des élèves du conservatoire, des seniors et des personnes en situation de handicap), une exposition photo de Guy Delahaye dans le hall du théâtre, une rencontre le mardi centrée sur la question de la mémoire et de la transmission dans la danse, un karaoké le vendredi à l’issue du spectacle ou encore un bal le samedi avec tous les amateurs en question. Une programmation on ne peut plus gallottienne, le chorégraphe adorant ces vagabondages avec le public !


Du côté de La MC2 en fête


Outre une semaine 100% Gallotta pleine de propositions gratuites, cette nouvelle édition de La MC2 en fête, événement de fin de saison pensé comme une plongée au cœur du spectacle vivant qui s’invente aujourd’hui, proposera également, vendredi 20 juin, une soirée gratuite particulièrement alléchante, en lien avec le festival du quartier Flaubert. D’abord avec Sur l’aile d’un papillon du passionnant metteur en scène Emmanuel Meirieu (Mon traître, Les Naufragés, Dark Was the Night…), petite forme portée par un comédien également parapentiste – ce dernier déploiera d’ailleurs sa voile dans le jardin face à la MC2. Ensuite avec une sortie de résidence de la nouvelle création (visible à la MC2 à l’automne) du collectif A/R, qui associe musique live et danse contemporaine. À noter, toujours dans le cadre de La MC2 en fête, la traditionnelle présentation de la saison prochaine, jeudi 12 juin à 19h30.

Photo ©Guy Delahaye

CHER CINéMA

Mardi 3 juin à 20h

Mercredi 4 juin à 20h

Jeudi 5 juin à 20h

Vendredi 6 juin à 20h

MC2

De 5€ à 29€

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