Nous avions découvert en octobre le premier volet du cycle des Hautes Aigues, ce massif imaginaire où la vie d’une famille d’alpinistes se déployait. Le second volet, « Feu la forêt », nous propose de descendre en moyenne montagne, dans ce même massif, pour ausculter la vie après un terrible incendie.
/ Par Doriane Rey
Au début il y a, en 2022, un feu ravageur, incandescent, terrible, dans le Diois où habite l’un des deux auteurs, Jérôme Cochet. Face à la catastrophe, vient irrémédiablement l’envie de narrer les bouleversements qui pourfendent les territoires : l’incendie en lui-même, et la peur de voir son environnement et son quotidien dévastés.
Quand nos espaces s’enflamment, il faut tenter de les raconter, non pour panser les cicatrices mais pour essayer, tant bien que mal, d’éveiller les consciences. Alors les deux auteurs ont sillonné les territoires à la recherche de témoignages pour nous conter une histoire fictive mais imprégnée du réel : des Alpilles au Diois jusqu’à l’Ardèche. Ainsi, Feu la forêt convoque une multitude de thèmes, nés des entretiens, en les situant dans le massif imaginaire des Hautes Aigues : la sécheresse autant que la vie de couple, l’attente d’un enfant, le rapport à l’institution, la dépression ou encore le quotidien d’une caserne…
Nous plongeons ainsi dans la vie de Sacha, Romain, André, Marion, Mathieu, Michelle, Gaspard, après que le feu a mordu leur village. Ils sont pompiers, maires, simples habitants ou gendarmes et sont incarnés avec une humanité rare. Les quatre comédiens jouent successivement plusieurs personnages avec une dextérité épatante et nous emportent ainsi dans un rythme délicieusement cadencé.
Toute la splendeur du spectacle réside dans la capacité à passer du pluriel au singulier, soit d’un événement d’ampleur (le changement climatique) aux conséquences intimes et particulières sur chaque individu. Un spectacle qui nous fait rire, réfléchir et nous rapproche au plus près des personnages avec beaucoup d’empathie.
On attendait beaucoup de ce second volet du cycle des Hautes Aigues qui entendait, tout comme le premier (Mort d’une montagne), donner la parole à ceux qui vivent en première ligne les bouleversements climatiques. Nous n’avons pas été déçus.
Photo © Alain Doucé