Un coup de cœur cette année aux Rendez-vous des cinémas d’Afrique : « Frantz Fanon » d’Abdenour Zahzah. Ce qui ne doit pas occulter le reste d’une programmation passionnante comprenant beaucoup d’avant-premières et de films inédits.
/ Par Hugo Verit
On connaît le défaut majeur des biopics. À force de romancer la vie de leur personnage principal pour lui donner l’apparence d’une fiction cinématographique traditionnelle, ces films biographiques s’éloignent paradoxalement de leur première raison d’être : la vérité. Le spectateur finit alors par ne plus y croire, conscient que la vie – la vraie, la sienne – n’a rien d’un scénario si « bien filmé ».
Pour réaliser son Frantz Fanon, programmé aux Rendez-vous des cinémas d’Afrique cette année, Abdenour Zahzah a voulu contourner cet écueil en adoptant une mise en scène épurée où seule subsiste la puissance du cadre et de ce qui s’y déroule. La meilleure manière, sans doute, de raconter les trois années (1953-1956) que le psychiatre d’avant-garde et militant anticolonialiste Frantz Fanon passa à l’asile de Blida-Joinville en Algérie française, en tant que médecin chef. Suivant scrupuleusement les notes cliniques de Fanon, le film matérialise avec force l’évolution politique du docteur qui finira par rejoindre le FLN afin de concrétiser son combat pour la libération des peuples colonisés, jusqu’alors essentiellement théorique. Certains fustigent la sobriété formelle de ce Fanon en noir et blanc (façon de citer par l’image l’un des livres emblématiques du penseur, Peau noire, masques blancs), mais c’est passer sous silence l’intensité de ces plans fixes et la subtilité de quelques rares mouvements de caméra.
Mais aussi…
On pourrait s’attarder encore sur ce film coup de cœur, mais les Rendez-vous des cinémas d’Afrique ne se résument pas à Frantz Fanon. Le festival propose également plusieurs avant-premières, dont Un jour avec mon père (mention spéciale de la Caméra d’or à Cannes) et D’où vient le vent récompensé au festival d’El Gouna, ainsi que des films inédits en France (Mauvais temps, Une si longue lettre, La Montagne d’or, etc.). On y verra aussi le documentaire – très scénarisé – Fantastique de Marjolijn Prins (sortie en salles le 4 mars), long-métrage nerveux et retentissant qui suit une jeune contorsionniste guinéenne dans son rêve d’intégrer une troupe de cirque professionnelle – ce qui lui demande pas mal de souplesse, également, dans sa vie personnelle. Un film plutôt réussi à voir dès 10 ans.
Photo © Shellac