Sur scène, quatre chanteuses aux polyphonies délicieuses nous font voguer dans des contrées musicales aussi riches que variées, sur fond féministe, politique et joyeusement décalé. On nous raconte une mythologie nouvelle, celle de Babel, déesse de la langue, tombée amoureuse du dieu Excel, divinité des chiffres et des calculs. Depuis que leur enfant, Formule, a vu le jour, plus rien ne file droit : les troubadours et la poésie ont cédé leur place à la rentabilité et au profit… alors le sens se perd et la raison s’étiole !
Dans ce nouveau récit de l’humanité qui s’inspire autant de la psychanalyse de Lacan que des sciences-fictions d’Alain Damasio et de Pierre Bordage, les questions cruellement actuelles sont soulevées : comment la surabondance d’algorithmes traduit-elle la notion du manque dans notre société ? Ou comment la quête du profit nous éloigne-t-elle de la beauté du monde ?
Pour aborder ces sujets aussi vastes qu’universels, quoi de mieux que chanter toutes les langues ? Pendant le spectacle, le bulgare, l’espagnol, le créole ou encore l’anglais nous enveloppent. C’est un maelström de rythmes, de tessitures vocales et de sonorités à travers lesquelles les tubes des années 80-90 s’entremêlent gaiement aux chants traditionnels venus du monde entier ! Babel est un conte chanté qui vivifie, nous fait réfléchir et nous procure une dense ivresse musicale. / DR
Photo © Lisa Boniface