Avec un nom aux antipodes de ce qu’ils sont, les gars de Girls in Hawaii irriguent la scène indie européenne depuis les années 2000 avec des succès comme Flavor, Misses, Guinea Pig et Indifference. Une singularité édifiée grâce à un rock lumineux et mélancolique, dans le sillage de Grandaddy, Radiohead et Pavement. En témoigne la sublime discographie du groupe belge, qui a évolué conjointement avec leurs sentiments ambivalents et leurs compositions ingénieusement nonchalantes. Sorte de bricolage orchestré entre des arrangements rock organiques rehaussés de riffs de guitares, des nappes de synthés vaporeux et diverses textures sonores empilées. C’est dans cette atmosphère aérienne – qui confère à chaque projet sa touche d’onirisme – que s’entremêlent les voix réconfortantes des deux chanteurs, Lio Vancauwenberge et Antoine Wielemans. Sans cesse happé par les mélodies pop insouciantes qui donnent à leur spleen un goût sucré, on se surprend à vaciller entre le rêve et la réalité, entre l’obscurité et la lumière.
Après plusieurs années d’absence, les Girls dévoilaient en avril un single tout chaud (le planant Is it happening right now ?) pour annoncer leur retour et un nouvel album : Eldorado. Ce cinquième opus renoue avec l’approche artisanale de leurs débuts, perpétuant aussi la cohabitation harmonieuse entre guitares, claviers et teintes électro. À l’écoute des 11 titres, on succombe à cette quête inassouvie et nostalgique d’un monde parfait. Du haut de leurs 25 ans de carrière, les Girls parviennent encore une fois à élargir les frontières d’une musique en perpétuel renouvellement. Et plus on s’y abandonne, plus vastes sont nos paysages intérieurs. / NDF
Photo ©Simon Vanrie