Intitulée « Parodie », l’exposition de Julie Béna propose un inquiétant parcours aux allures de fête foraine cauchemardesque. Une proposition dont on retient surtout les films à l’humour grinçant mais dont l’ensemble donne le sentiment de flotter dans les espaces (impossibles ?) du Magasin.
/ Par Benjamin Bardinet
Troisième invitation faite à un artiste de prendre possession des espaces du Magasin, l’exposition de Julie Béna nous permet de mieux cerner les goûts de Céline Kopp, commissaire de l’expo et directrice du centre d’art sur le départ après trois années de service. En effet, tout comme les artistes précédemment invités, Julie Béna crée des œuvres inspirées par un univers singulier qui renvoie à des éléments autobiographiques majeurs. Ainsi, après le monde médicalisé de Benoît Piéron et celui créolisé de Julien Creuzet, c’est vers les forains que nous nous tournons avec Julie Béna. Rassemblant plusieurs sculptures-installations dont les formes évoquent des roulottes, des manèges ou des boîtes à musique, l’exposition a des allures de fête foraine désertée que viendraient hanter d’étranges personnages costumés (Dirty Shirley, Jester…) ainsi que quelques escargots et un chat (qui surgissent aussi bien dans les recoins de l’exposition que dans les films qui ponctuent le parcours).
Du monde du spectacle…
L’univers de la scène est donc au cœur de la pratique de Julie Béna. Pas étonnant de la part d’une artiste qui a passé son enfance au sein d’une troupe de théâtre itinérant. Un univers qu’elle affectionne mais dont elle a souhaité, à l’âge adulte, se détourner pour se consacrer aux arts plastiques. Un champ artistique dans lequel elle réinvestit cependant rapidement son expérience scénique : dès ses premières années en école d’art, Julie Béna conçoit des œuvres qui évoquent le monde du spectacle mais surtout ressent un besoin irrépressible de jouer la comédie. C’est ainsi qu’elle va se tourner vers la pratique de la vidéo et réaliser des films dans lesquels elle incarne des personnages grotesques et grimaçants qui semblent tout droit sortis d’un mauvais rêve.
…à celui de l’art vidéo
C’est précisément les différents films présentés tout au long du parcours qui retiennent notre attention (et pourtant, les vidéos en expo, c’est pas ce qu’on préfère…). Alternant entre jeu télévisé kitsch, road-movie onirique ou série B de bas étage, celui qui ouvre l’exposition est un bel exemple de la manière dont l’esprit outrancier et grotesque déjoue la possibilité de poser une limite entre le spectacle, la vraie vie et sa mise en scène – les échos avec le monde médiatico-politique actuel sont nombreux. Plus loin, la vidéo cathartique qui oscille entre karaoké pop et règlement de compte féministe est assez convaincante dans le genre performance filmée. A contrario, les sculptures-installations nous apparaissent plus anecdotiques, un peu perdues dans l’espace du Magasin. D’ailleurs peut-être que le problème, c’est cet espace lui-même, trop vaste et trop monumental pour les pratiques d’une nouvelle génération d’artistes qui n’aspire plus à réaliser des productions in situ imposantes – ceci d’autant plus que les budgets de production ne sont plus au rendez-vous. Finalement, on se demande s’il ne faudrait pas réinventer l’usage de la fameuse « rue » du Magasin ? En y repensant, peut-être que le nouveau skatepark du quartier Bouchayer-Viallet sous la verrière, ça aurait eu de l’allure…
Photo © Magasin Cnac – Thomas Souček