Théâtre

Le Munstrum théâtre revisite "Macbeth" à la MC2 (et c'est grandiose)

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/ Par Aurélien Martinez

Dans le monde du théâtre français, c’est une compagnie qui a le vent en poupe, qui déchaîne les passions, qui remplit les salles avec ferveur souvent grâce à un public jeune… Son nom : le Munstrum Théâtre. Son credo : défendre un « théâtre de la cruauté et de l’étrange, nocturne et insolite, mais aussi un théâtre du rire, celui de la surprise et de la jubilation », écrivent ses deux cofondateurs Louis Arene et Lionel Lingelser. Après avoir vogué entre des auteurs comme Copi, Molière ou encore von Mayenburg, ils se sont attaqués au monstre shakespearien par essence qu’est Macbeth, dans un spectacle titré Makbeth afin de souligner le pas de côté et convoquer subliminalement le K de Kafka. Le résultat, visuel, physique, très théâtre élisabéthain, est on ne peut plus Munstrum, et ce dès la scène d’ouverture en forme d’hypnotique bataille gore.

C’est l’histoire – ici raccourcie à l’essentiel par la troupe, car le texte n’est qu’un aspect parmi d’autres de cette aventure – d’un général et de sa femme qui, poussés par des prophéties de sorcières, tuent le roi pour prendre sa place. Et c’est l’histoire d’une ambition folle et destructrice qui conduit à la mort d’un paquet de monde. Du pain bénit pour le Munstrum. Alors sur scène, tout est grandiose, plein de bruit et de fureur, noyé sous la fumée, la musique, le sang qui gicle… En quelque deux heures menées tambour battant, Louis Arene et Lionel Lingelser n’ont pas peur de livrer une esthétique outrancière qu’ils assument de bout en bout. « Viens, nuit épaisse, et enveloppe-toi de la plus sombre fumée de l’enfer » (Lady Macbeth).

Trouble dans le genre

Une fois de plus, le Munstrum démontre l’incroyable pouvoir que peut avoir le spectacle vivant en ce qui concerne la purge collective des passions – la fameuse catharsis, dont nous avons bien besoin en cette période de dingues où des ersatz de Macbeth semblent pulluler partout sur le globe. Dans cette optique, les artistes tirent violemment le public (avec son consentement bien sûr !) par le col plus qu’ils ne l’accompagnent poliment, non sans un humour qui se glisse ici ou là avec bonheur, jusqu’à faire ressusciter les morts pour mieux les trucider une nouvelle fois.

Les huit comédiennes et comédiens, dont Louis Arene et Lionel Lingelser dans la peau du couple maléfique (pourquoi s’embêter avec la notion si réductrice de genre ?), sorte d’hydre à deux têtes, s’en donnent alors à cœur joie de façon presque clownesque dans leurs costumes extravagants qui parfois leur déforment le corps, et derrière leurs fascinants masques. Car le Munstrum, bien que placé du côté de la modernité, est adepte de cet artifice a priori désuet qu’il remet au goût du jour. Mais, là encore, le masque est monstrueux, pas tant dans sa forme, assez petite (de quoi laisser le visage de l’interprète s’exprimer aussi), que dans la force visuelle qu’il dégage. Parfait pour un Shakespeare, parfait pour Macbeth. Pardon, Makbeth.

Photo © Fabrice Robin

MAKBETH

Mercredi 11 mars à 20h

Jeudi 12 mars à 20h

MC2 (Grenoble)

De 5€ à 29€

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