Avec « L’Heure du bain », le musée Mainssieux aborde un sujet moins anodin qu’il n’y paraît et propose une exposition qui regorge de petits chefs-d’œuvre. Sans conteste notre coup de cœur du moment !
/ Par Benjamin Bardinet
Après une exposition passionnante questionnant les représentations de l’Orient, le musée Mainssieux continue à explorer avec pertinence ses collections en s’attelant à une réflexion sur la manière dont la représentation du bain (et donc du nu) s’est renouvelée entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe.
De la baignade…
Le parcours s’ouvre en beauté avec une étonnante scène de bain de Corot dont la dimension mythologique semble anecdotique au regard de la luxuriance picturale du paysage sylvestre (ultra vertical) qui enveloppe les baigneuses. S’ensuivent plusieurs tableaux de la fin du XIXe siècle qui s’inscrivent dans l’héritage de la peinture mythologique mais qui distillent tout de même des touches de modernité tant dans le traitement pictural que dans le point de vue adopté – on retiendra tout particulièrement le regard inquiet et interrogateur de La Baigneuse surprise dont le modelé des formes contraste avec la dimension très graphique du traitement de la végétation environnante, ainsi qu’un surprenant tableau d’atelier sur lequel un paysage esquissé côtoie la pochade d’un nu masculin étrangement allongé dans la verticalité de l’œuvre…
Mais c’est tout particulièrement le mur consacré aux bains de loisir (sujet moderne lié au développement du tourisme balnéaire au début du siècle dernier) qui nous enthousiasme ! On adore deux scènes de plage de Jacqueline Marval dont l’intensité de la luminosité semble dissoudre les corps des baigneurs au point d’en faire des silhouettes spectrales (seuls les maillots servent d’accroche visuelle) tandis qu’à proximité, le portrait d’une jeune baigneuse sortant des flots fait office de Vénus des temps modernes (mythologie encore !).
…à la toilette
La seconde partie de l’exposition nous invite à nous pencher sur les représentations de scènes de toilette. En effet, l’intimité de ces scènes quotidiennes inspire les artistes modernes qui mettent à distance les corps idéalisés des nus académiques au profit d’une approche plus naturaliste. Outre le dessin d’un nu de dos de Degas et un faux Rodin récemment réattribué (amusant), on retiendra dans cette section une délicate peinture anonyme figurant deux nus dont le contour des corps est finement dessiné ainsi que les gravures à l’eau forte de Suzanne Valadon qui représentent les interactions entre un enfant et sa grand-mère à la sortie du bain et dont le trait paradoxalement trouble et incisif nous emballe ! Comme vous l’aurez peut-être noté, cette exposition fait la part belle aux femmes artistes, et pose par ailleurs la question pleine de malice : « Les hommes ne se lavent-ils pas ? ». En effet, dans l’histoire de l’art, quand un homme est nu, il est héroïque – et certainement pas à la toilette…
On vous invite donc vivement à aller faire un tour au musée Mainssieux. D’autant qu’au premier étage, la collection permanente, récemment raccrochée, recèle quelques perles dont un magistral paysage marin figurant une sombre épave échouée signé Gustave Courbet.