Avec son air permanent de ne pas y toucher, nonchalance extrême et discrétion d’esthète, Mathieu Boogaerts a subtilement construit ce qu’on appelle une carrière. Trente ans, neuf albums, pas mal de chansons pour les autres (Vanessa Paradis, Luce, Camélia Jordana…), de nombreuses tournées, le tout dans un silence médiatique qui – il l’avoue parfois – le chagrine un peu. On peut le comprendre, surtout pour un artiste qui a débuté la musique aux côtés d’un autre Matthieu (Chedid), mieux verni au grand jeu de la gloire.
Mais qu’importent les frustrations, puisque ce statut d’outsider a certainement favorisé l’intégrité de son œuvre, humble et honnête, constituée de chansons-bijoux : petites orfèvreries qu’il convient d’observer avec attention afin d’en saisir tous les détails. Ça n’a l’air de rien, une chanson ; mais voilà un art des plus sérieux. Mathieu Boogaerts en est convaincu, lui qui aime faire beaucoup avec peu, s’assurant toujours de la solidité du squelette (la mélodie, le texte) avant de lui donner chair (les arrangements). Ainsi, des morceaux comme Avant que je m’ennuie, Your smile (dans son surprenant album En anglais) ou n’importe quel extrait de son dernier opus Grand Piano, n’ont pas besoin d’habillage pour fonctionner à merveille. Un guitare-voix, et la lumière fut.
Sur scène, Mathieu Boogaerts prône d’ailleurs un certain dépouillement, s’entourant simplement de trois musiciens et rejetant les machines en bloc : « Il est absolument hors de question de jouer sur des boucles, c’est pour moi le truc le plus anti-sexe possible », disait-il à Libération début 2025. Rendez-vous à la Source pour s’en convaincre. / HV
Photo © Thibault Montamat