À la MC2, la marionnettiste norvégienne Yngvild Aspeli adapte « Une maison de poupée », pièce culte et féministe d’Ibsen. Un spectacle captivant visuellement grandiose.
/ Par Aurélien Martinez
Il y a les pantins à taille humaine, inquiétants, presque fantomatiques, que convoque sur scène la marionnettiste et comédienne Yngvild Aspeli de la compagnie Plexus Polaire. Et il y a les autres, carrément effrayants, en forme d’araignées de plus en plus grosses. Avec son adaptation du classique du théâtre européen qu’est Une maison de poupée de son compatriote Ibsen, la Norvégienne formée en France (à la prestigieuse École nationale supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézières) propose un spectacle vénéneux visuellement saisissant, petit théâtre de poupées duquel essaye de sortir son personnage principal. Entre ses mains, la pièce féministe (pour l’époque) d’Ibsen se déploie magistralement. L’héroïne Nora, ramenée au statut de gentille alouette par son mari, va se libérer lorsqu’un maître-chanteur lui reproche d’avoir outrepassé son rôle de femme en ayant contracté un emprunt illégal afin de sauver son mari. La page est tournée, la poupée ne veut plus l’être, elle refuse dorénavant de rester à sa place étouffante, même quand tout semble s’arranger…
« AVANT TOUT UN ÊTRE HUMAIN »
Sur scène, Yngvild Aspeli est Nora, ainsi que les autres personnages, à qui elle donne voix (en anglais surtitré) en les manipulant. Une performance magistrale dans une scénographie entre illusions et réalité matérialisant le salon bourgeois de cette famille a priori bien sous tous rapports mais, à y regarder de plus près, véritable toile d’araignée pour la mère.
« Je crois que je suis d’abord et avant tout un être humain, au même titre que toi… Ou, en tous cas, que je dois essayer de le devenir », clame Nora à son mari qui lui dit qu’elle est « d’abord et avant tout épouse et mère ». Toute la mise en scène en huis clos de Yngvild Aspeli, seule au plateau entourée de ses marionnettes avant, dans la dernière partie, d’être rejointe par un autre comédien, crie ce désir d’émancipation trop longtemps enfoui. Jusqu’à cette fin, donc, qui fit scandale lors de la création de la pièce en 1879 mais qui, aujourd’hui, semble tellement évidente.
Photo © Johan Karlsson