L’humoriste Marion Mezadorian, dans son nouveau spectacle, traite d’un sujet totalement universel : le craquage. Un subtil seule-en-scène qui nous a tout simplement cueillis.
/ Par Doriane Rey
Marion Mezadorian a cette voix grave, presque suave qui, dès les premières notes de sa partition scénique, nous captive. Dans un décor épuré, son jeu prend toute la place et couvre de délices son auditoire. Certains qualifient son spectacle de one-woman-show. Nous, on dira plutôt que c’est un seule-en-scène drôle mais pas que, subtil aussi, puissant et réaliste, dans lequel le rythme du stand-up laisse place à celui du théâtre avec pauses, respirations et nuances.
Marion Mezadorian a étudié les arts de rue, le théâtre, s’est frottée au cinéma et à la chronique radio. Elle est une artiste polyvalente qui n’a pas peur de s’essayer à plusieurs genres ! Après son premier spectacle Pépites dans lequel elle jouait toutes les personnes ayant croisé sa route avec panache, elle entreprend aujourd’hui d’évoquer ceux et celles qui sont en crise, en craquage et en saturation. Et nous sommes nombreux à avoir déjà éprouvé cet état…
Vaste sujet dont on pourrait parler des heures… et Marion Mezadorian a le don de traiter cela avec brio en jouant pas moins de 16 personnages comme autant de nuances de craquage.
Humour… et gravité
Qu’il s’agisse de la mère de famille épuisée d’être invisible au yeux des siens, de la prof en burn-out ou de la retraitée qui déballe ses quatre vérités au pot de départ, on reconnaît tous de loin ou de près des situations que l’on a connues. Mais il faut encore préciser que sa parole sait aussi traiter de sujets graves, tels que le génocide arménien ou l’inceste, avec une rare intelligence.
Elle nous prouve ainsi qu’elle sait écrire au plus juste de la vie dans ses éclats de rire et d’absurdité comme dans l’âpreté de thématiques difficiles. C’est probablement à cela que l’on reconnaît un grand spectacle, dans sa capacité à nous faire passer du rire au larme et, ce faisant, à transmettre des messages puissants et importants. Chapeau !
Photo © Clément Dezelus