Rétrospective

Retour (subjectif) sur l'année culturelle 2025

/ Par Hugo Verit (avec la rédaction)

Janvier

Il y avait du monde – et du beau – pour les 10 ans de la Belle Électrique le vendredi 10 janvier. Du bar au vestiaire, de la fosse au balcon, on croisait moult personnages de la bouillonnante scène musicale locale – Pierre du duo Cocotte, Manu Barrero d’As a New Revolt, Anita Dongilli, le fidèle Arash Sarkechik, mais aussi Ezila, Milena, Gintsugi, Pelouse… Tous venus interpréter quelques reprises, avant le concert rassembleur du Big Ukulélé Syndicate. Et la nuit se prolongeait avec le DJ set impeccable de Pedro Winter, star d’une soirée anniversaire qui était aussi l’occasion pour la Belle de célébrer l’obtention du label Smac quelques semaines plus tôt, fruit d’un travail de longue haleine. Pour l’anecdote, ce soir-là, nous venions tout juste d’envoyer le tout premier numéro de VRaAC à l’imprimeur. Autant dire qu’on restait un peu fébriles et soucieux, malgré la french touch ondulante de Busy P.

Côté cinéma, engouement partagé dans notre équipe pour le Maudit festival qui se tenait fin janvier, opportunité trop rare de visionner sur grand écran des films méconnus, inédits, obscurs ou biscornus, dans une ambiance bien plus décontractée que celle des salles obscures habituelles. Expérience réitérée quelques mois plus tard grâce à la Cinémathèque et son nouvel événement Grosse Pagaille.

Février

La biennale art-science Experimenta ne cesse d’élargir son public, grâce notamment à une palpitante exposition à la Bastille. Initiative que l’on doit à Jérôme Villeneuve, directeur de l’Hexagone (qui pilote la biennale) depuis maintenant quatre ans. Après une première version perfectible en 2022, l’expo de la Bastille avait bien plus d’allure cette année : une signalétique en sequins plutôt classe et des œuvres variées – coquillages grelottants, écran de savon éphémère ou, clou du spectacle, lévitation de galets fantômes. Rien de trop clinquant ou dérisoire (piège fréquent de l’art-science).
À peine redescendus dans la vallée, voilà que nous nous élevions déjà vers le Ciel afin de prendre notre première claque musicale de l’année. L’Allemand Das Kinn nous sidéra instantanément sur nos sièges avec ses joyeux morceaux d’apocalypse au son ample et gras. Et quelle souplesse dans le pied pour nous offrir les plus élégants sautillements de la saison !

Ah, et n’oublions pas non plus la soirée de lancement de VRaAC le 6 février au Minimistan – petite bamboche sans prétention (et organisée à brûle pourpoint) où nous avons eu le plaisir de rencontrer certain.es d’entre vous. Merci encore, ainsi qu’à la talentueuse Chichiga pour son DJing au top !

Mars

Peut-être la découverte la plus marquante – et sans doute l’une de nos plus belles unes – de l’année, j’ai nommé Klô Pelgag, pop star naviguant sur des limbes, à mi-chemin entre l’underground débridée et le mainstream surpuissant. Ce jeudi 20 mars, la Canadienne a mis toute la Source dans sa poche grâce à des chansons d’une intelligence rare… et à son humour très spontané ! Entre les morceaux, Klô nous dévoilait sans ambages ce qui lui passait par la tête, y compris les secrets de son ingé son : dialogue aussi doux que surnaturel entre ces deux-là, profondément liés. Un vrai grand beau moment de live (avec une larme ou deux).

Avril

En attendant l’arrivée du cinéma Mégarama à Neyrpic, dont l’ouverture prévue fin 2026 pourrait rebattre les cartes, les petites salles art et essai du bassin grenoblois ne désemplissent pas, à l’image du Méliès qui inaugurait, le 23 avril dernier, sa toute nouvelle salle 4. Un écrin feutré et intimiste de 64 places qui permet notamment de prolonger l’exploitation de certains films en septième ou huitième semaine.

L’autre bonne nouvelle du mois, musicale cette fois-ci, nous venait du Ptit Labo. Ce café-concert du quartier Saint-Bruno, réduit au silence depuis janvier 2024 à la suite d’une plainte de voisinage, remettait le volume (avec prudence) en accueillant Les Chevals Hongrois le 19 avril. On a croisé fort les doigts pour que tout se passe bien et notre prière semble exaucée : depuis, le Ptit Labo a organisé cinq concerts, dont certains avec batterie (instrument de la discorde).
Pourvu que ça dure, d’autant que cette modeste scène, à la programmation qualitative, participe à combler le vide laissé par la disparition de la Bobine. D’ailleurs, le 17 avril, nous vivions notre dernier meilleur souvenir dans la mythique salle du parc Paul-Mistral. Ce soir-là, l’Orchestre tout puissant Marcel Duchamp nous donnait un ultime frisson, égrainant ses petites transes post-punk emplies de cuivres et de percussions devant un public nombreux, motivé et généreux. La Bobine, quoi.

Mai

Après une trop longue torpeur, le Centre du graphisme d’Échirolles retrouvait enfin des couleurs avec l’inauguration de l’exposition S’print sur le thème du sport. Notre expo coup de cœur de cette année, malicieusement construite : « S’autorisant à faire fricoter la gaudriole avec le top de la branchitude, Étienne Hervy questionne les notions de bon goût, de hiérarchie esthétique et remporte la première mi-temps », s’enthousiasmait notre journaliste Benjamin Bardinet. Étienne Hervy, c’était alors le nouveau directeur du TRACé (entité regroupant le Centre du graphisme, le musée Géo-Charles et le musée de la Viscose). Nous lui avions même consacré une longue interview dans notre n°2. Mais voilà, il a déjà été remercié par le président du TRACé, Aurélien Farge, élu à la Ville d’Échirolles, car « son projet ne correspondait pas aux attentes » (Le DL du 23/11/25). Dommage. Nous, on le trouvait justement pertinent…
Exposition toujours avec le festival DNA qui anime le quartier Saint-Laurent chaque printemps, braquant les projecteurs sur un domaine méconnu : l’art numérique. Il était de retour fin mai dans une version plus resserrée mais diablement efficace : moins d’œuvres pour plus de densité. On ne s’est pas ennuyé une seconde au long de ce parcours, avec notamment une Kebab symphonie des plus mémorables.

Mémorable également, la prestation de Médine au festival Bien l’Bourgeon qui déménageait cette année à Gresse-en-Vercors. Sous l’œil intimidant du Grand-Veymont, au pied des télésièges, le nouveau site de l’événement fait aussi partie du spectacle. Après une petite rando en quête d’un point de vue sur le Mont Aiguille l’après-midi, nous n’avons pas boudé notre plaisir pendant les concerts du soir, malgré les annulations en chaîne d’Acid Arab et Theodora. À noter que Bien l’Bourgeon continue de se transformer l’année prochaine avec un important changement de dates : fini le printemps, le festival se tiendra désormais en été (du 3 au 5 juillet).

Pour terminer ce mois de mai décidément chargé, citons l’apparition d’un nouveau festoche, le Vulnéraire festival, en Chartreuse. Remarquable par les temps qui courent.

Juin

Cohue absolue devant la librairie Le Square pour venir voir la bête : Raphaël Quenard, l’inépuisable (et parfois épuisant) comédien originaire de Gières. Il venait dédicacer son premier roman, avant de se téléporter au Club pour présenter deux séances de son docu-fiction comique I love Peru. Nous y étions et une chose est sûre : Quenard s’avère meilleur cinéaste qu’écrivain. Un film drôle sur un mec drôle qui, on le sait, en agace aussi plus d’un.
Ciné encore avec le Festival du film court en plein air, toujours aussi chouette, et un petit coup de cœur cette année pour Les Fleurs sauvages de Rodolphe Saint-Gelais et Thierry Sirois.

Un détour enfin du côté de Jazz à Vienne pour un concert qui nous a tout simplement bouleversés (encore quelques larmes) : celui du chanteur-guitariste Michael Kiwanuka. Inoubliable.

Juillet

Une seule date mais quelle date ! Le retour de notre Bleu Russe national (enfin local), rappeur qui défraya la chronique musicale grenobloise avec de nombreux albums aux nombreuses qualités – notamment une écriture géniale dont les fulgurances, souvent drolatiques, se comptent par dizaines. Le 5 juillet, il jouait sur la mini-scène du Coq-Tail, en forme comme jamais.

Septembre

Rentrée intense pour Les Arts du récit qui prenait enfin ses quartiers au Théâtre Prémol. L’association, organisatrice du festival éponyme, dispose ainsi désormais d’un plateau pour accueillir les artistes qu’elle défend depuis une quarantaine d’années. Lors du week-end de lancement de sa saison, qui avait lieu en octobre (on triche un peu), on a vu de belles choses dont le spectacle Babel mêlant conte et musique.
Au TMG aussi, il y avait du nouveau avec un renouvellement complet des artistes associés : le théâtre municipal va travailler pendant trois ans avec la cie Le Chat du désert (Grégory Faive qu’on ne présente plus) et le collectif Maison Courbe. En outre, le théâtre 145 s’est doté d’un plateau aplani permettant d’accueillir des spectacles où le public encercle complètement les acteurs.
Proximité toujours avec les sessions Jazz au musée, organisées par Jazz à Vienne dans les jardins des musées départementaux. On a ainsi pu découvrir les complaintes siciliennes chaloupées et électriques de Crimi à Hébert ainsi que le groove oriental de Grand Tabazù à Champollion.

Octobre

Big up à l’association Blue Veins production pour l’ensemble de son œuvre cette année ! Organisatrice de concerts rock (au sens très large), elle a eu la riche idée d’investir les cafés-concerts de Grenoble avec une prog’ du tonnerre qu’on n’a cessé de défendre dans VRaAC. Dont la venue des sublimes Balladur le 25 octobre, dans un Ptit Labo plein à craquer (et ce n’est pas une métaphore).

Signalons aussi l’inauguration d’une nouvelle salle de spectacle de 1500 places assises à Alpexpo, l’Auditorium. Pour l’occasion, l’humoriste Jarry y jouait gratuitement le 1er octobre (forcément, c’était complet).

Novembre

La palme du spectacle le plus généreux de 2025 est attribuée à… Lacrima de Caroline Guiela Nguyen. On ne va pas y revenir, on vous en a déjà beaucoup parlé, mais s’il repasse par chez nous, foncez ! À la MC2 également, on a eu le plaisir de découvrir début novembre la nouvelle création de la chorégraphe Jann Gallois, récemment nommée codirectrice de l’Agora à Montpellier. Artiste à suivre absolument.

Et bouclons la boucle à la Belle Électrique, dont la première Nuit de la cumbia a tenu toutes ses promesses : ambiance plus que chaleureuse, trois concerts totalement différents, trois groupes à plein régime qui s’invitent l’un l’autre sur scène. Tout ce qu’on aime.

Photos © Michel Juvet / Léa Garnier / Quentin Nolleau / Jessy Penelon

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