Pour sa saison hivernale, la Cinémathèque de Grenoble continue d’aligner les perles cinéphiliques sur le thème de la folie, avec une rigueur quasi métronomique. La preuve en trois films.
/ Par Damien Grimbert
Cure
Pas le plus connu des films projetés par la Cinémathèque dans le cadre de son cycle consacré à la folie meurtrière : entre Seven, C’est arrivé près de chez vous, Elephant et Funny Games, la concurrence est forte. Pour autant, il s’agit peut-être du plus envoûtant. Thriller virtuose et implacable couplé à une réflexion glaçante sur la propagation du mal, Cure malmène son personnage principal (un inspecteur chargé de résoudre une série de meurtres aussi sanglants qu’inexplicables), le tourmente et le fragilise jusqu’à le plonger au cœur des abysses. Couleurs ternes, ambiance flirtant avec le paranormal… Avec quelques années d’avance, Kurosawa pose les premières bases de la vague J-Horror du début des années 2000.
Jeu. 15 jan. à 21h30
Les Chevaux de feu
Paradoxe : on peut défendre bec et ongles que le style pour le style, la mise en scène pour la mise en scène, ça n’a pas grand intérêt si ce n’est pas au service d’un propos… Et puis, patatras, il y a des chocs esthétiques d’une intensité telle qu’ils font d’un seul coup voler ce précepte en éclats. Les Chevaux de feu fait partie de ceux-là. Adaptation d’une nouvelle ukrainienne sur un couple d’amants maudits au fin fond des Carpates, le film de Sergueï Paradjanov est une éblouissante explosion de créativité visuelle de la première à la dernière seconde. La caméra plonge, file, virevolte, enchaîne les plans iconiques, au diapason des tourments amoureux de nos deux tourtereaux.
Ven. 6 fév. à 19h
Out 1
C’est un pari un peu fou, et donc raccord avec le thème de cette saison : dans le cadre de son week-end Au pays des merveilles de Juliet, dédié à la carrière, tant devant que derrière la caméra, de l’iconique Juliet Berto, la Cinémathèque propose de découvrir dans son intégralité la version longue de Out 1 de Jacques Rivette, film somme d’une durée de près de 13h. Librement inspiré de la Comédie humaine de Balzac, ce métrage hors-norme viendra ainsi clôturer trois jours de projections consacrées à la figure de proue grenobloise de la Nouvelle Vague, ainsi qu’une rencontre exceptionnelle avec les deux sœurs de l’actrice et l’auteur et exégète Pacôme Thiellement.
Du ven. 27 fév. au dim. 1er mars
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