DÉTOURS DE BABEL
« Plus loin que la nuit et le jour… » Désolé, on vous a mis Desireless dans la tête, mais c’était surtout pour annoncer la nouvelle édition des Détours de Babel, festival des musiques nomades qui fête ses 15 ans cette année. Ci-dessous, notre sélection de concerts à ne pas manquer.
POUR DÉFRISER LES OREILLES
Oreilles sensibles s’abstenir : saxophones rugissants, batterie frénétique, guitare abrasive, [NA] ne nous brosse pas nécessairement dans le sens du poil et c’est tant mieux. Fortement énergique, le trio revendique la liberté d’improvisation du free jazz et flirte parfois avec les déconstructions corrosives du post punk. En concert, c’est tendu, ça embarque l’auditeur, le chahute gentiment et lui rappelle que la vie n’est pas toujours une partie de plaisir et qu’un concert se doit avant tout d’être vivant.
Sam. 22 mars à 20h / Théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas
POUR ÉCOUTER AVEC LES YEUX ET VOIR AVEC LES OREILLES
À la croisée de la musique et de l’art chorégraphique, le projet Only réunit trois compositions musicales inédites pensées pour être jouées sans instrument : une pièce pour percussions corporelles dans laquelle les musiciens se parasitent mutuellement, une seconde dont la partition exploite les possibilités sonores des bombes de peinture et une troisième qui cherche dans la chorégraphie la possibilité de créer des rythmes en demandant aux musiciens des Percussions de Strasbourg d’incarner des pingouins. Intrigant non ?
Ven. 28 mars à 20h /Hexagone (Meylan)
POUR LES AMATEURS DE COCKTAILS IMPROBABLES
Voilà un projet dont on est bien curieux de voir la restitution ! En effet, les élèves de l’orchestre du Pays voironnais, dirigés par le nationalement reconnu Roberto Negro, vont jouer accompagnés d’un gamelan, instrument balinais hypnotique aux sonorités envoûtantes dont « l’activation » ne peut se faire que collectivement. Et comme si ce n’était pas suffisant, ajoutons à ce cocktail inédit une rasade de la farfelue vocaliste Leïla Martial (Victoire du jazz 2020) dont on a toujours suivi les explorations inattendues avec un plaisir renouvelé… Bref du collaboratif et de l’éducatif dirigé et accompagné par des musiciens virtuoses et créatifs !
Sam. 29 mars à 20h / Grand Angle (Voiron)
POUR DÉCRISPER LES IDENTITAIRES
Musique réunionnaise dont les mélodies entêtantes et les rythmes endiablés puisent leur énergie dans la souffrance et la rage de quatre siècles d’esclavage, le maloya n’a jamais cessé de se réinventer. Depuis plus de 20 ans, Christine Salem contribue à ce renouvellement et ne cesse de mener des collaborations tous azimuts. Avec Rényon, trio féminin aux sonorités rock et au sens de l’improvisation hérité du jazz, la chanteuse à la voix rauque et profonde prouve une fois de plus qu’on ne fait vivre une tradition qu’à condition de ne pas la figer dans des formats imposés.
Dim. 30 mars Brunch du Musée dauphinois
POUR SORORISER EN MUSIQUE
Immense chanteuse, Souad Asla fait de la musique tout à la fois une aventure humaine, un vecteur de dialogue, et un outil politique. Elle réunit en 2015 sous le nom de Lemma (« rassemblement ») des artistes féminines de trois générations qui ont à cœur de faire vivre et connaître les riches traditions musicales du Sud algérien. Pour l’anniversaire des 10 ans d’existence de ce collectif, Souad Asla invite d’autres chanteuses sahraouis dont la Mauritanienne Noura Mint Seymali qui avait littéralement envoûté le public de l’Heure Bleue en 2022.
Ven. 4 avr. à 20h L’Heure Bleue (SMH)
POUR SE RÉCONCILIER AVEC L’EXIL
L’année dernière, le (magnifique) concert de la chanteuse grecque Dafné Kritharas avait laissé sur le carreau quelques auditeurs qui n’avaient pu rentrer. Ils vont pouvoir se rattraper puisqu’elle revient cette année en compagnie de trois autres chanteuses qui ont en commun de partager un certain rapport à l’exil dont on sait que, s’il est fréquemment douloureux, il n’en est pas moins souvent à l’origine des plus belles musiques qui soient.
Mar. 8 avr. à 20h30 La Source (Fontaine)
15 ANS, VRAIMENT ?
On a l’impression de le connaître depuis l’an 0, ce festival… Et pour cause : si les Détours de Babel célèbrent leur quinzième anniversaire cette année, l’histoire de cet événement remonte à bien plus loin. Tout commence dans les années 80, lorsqu’un collectif de musiciens grenoblois, nommé l’Agem, décide d’organiser quelques concerts autour du jazz et des musiques improvisées. Ce qui donnera lieu en 1989 à la création d’une doublette de festoches : le Grenoble Jazz Festival et les 38e Rugissants. Il était alors encore question de jazz et d’avant-garde. Et c’est en 2011, donc, que les Détours de Babel voient le jour, suite à la fusion des deux festivals suscités. Un événement qui s’ouvre alors sur le monde pour devenir le rendez-vous des musiques nomades que l’on connaît aujourd’hui, « à la fois exigeant et accessible ». Son originalité, surtout, réside dans l’invention d’un format inédit : les brunchs musicaux au Musée dauphinois et à Fort Barraux, après-midi printanières où l’on peut assister, moyennant un forfait jour (prix au choix dès 8€), à tout un tas de concerts. Idéal pour faire des découvertes !
/ HV