Élections

Municipales à Grenoble : la culture au programme

/ Par Hugo Verit ·  Publié le 2 mars 2026

Avant toute chose, un mot sur notre méthodologie. Nous avons contacté tous les candidat·es déclaré·es et leur avons posé les mêmes questions afin de les confronter sur des thématiques communes. Le présent dossier se base sur leurs réponses, ainsi que sur les propos tenus lors du débat organisé à l’Ampérage par le réseau Tempo le 14 janvier dernier. Autre précision importante : nous avons rencontré Pierre-Édouard Cardinal avant son ralliement à la liste d’Alain Carignon et avons décidé de conserver certaines de ses propositions, en estimant que celles-ci pourraient éclairer le projet de l’ancien maire de Grenoble. Ne reste plus qu’à énumérer ici toutes les têtes de liste afin de vous donner quelques repères : Baptiste Anglade (NPA), Catherine Brun (Lutte ouvrière), Allan Brunon (LFI), Alain Carignon (LR), Valentin Gabriac (RN), Romain Gentil (Équinoxe, Place publique, PRG), Hervé Gerbi (Horizons), Laurence Ruffin (Écologistes, PS, PCF…), Thomas Simon (Grenoble Alpes collectif)… et Geneviève Krzyzak (Réquisition des logements vacants, l’argent pour les services publics, pas pour la guerre) qui a déposé une liste au dernier moment et sera donc absente de ce dossier.

Le Palais des sports

Les faits – Bâtiment municipal, le Palais des sports est un équipement vieillissant qui nécessite d’importantes rénovations. Dans les colonnes du Dauphiné Libéré, en février 2025, l’organisateur de concerts Rémi Perrier évoquait « un état technique et sanitaire inquiétant et préoccupant » et affirmait : « Je n’y organiserai plus de spectacles à partir de fin 2026-début 2027. » Construit à l’occasion des Jeux olympiques de 1968, l’immense Palais des sports peut sembler sous-utilisé – une soixantaine d’événements par an selon les chiffres de Laurence Ruffin, candidate de la majorité sortante. Cette année, il accueillera pour la première fois les festivals Ultravirage et Magic Bus.

Leurs propositions – Sur ce sujet, on observe un net clivage gauche-droite quant à la méthode. Le centriste Hervé Gerbi, le Républicain Alain Carignon et le candidat RN Valentin Gabriac envisagent un partenariat public-privé afin de financer les coûteuses rénovations : 80 millions selon Carignon ! « À ce prix-là, on en refait un ! C’est une demi-vérité de dire qu’il est dans une situation catastrophique. On peut y faire des choses, il ne faut pas revoir toute sa structure », réagit Allan Brunon qui, à l’instar des autres listes de gauche, refuse la privatisation. De même, Laurence Ruffin relativise : « Ces dernières années, d’importants travaux ont déjà été réalisés (chauffage, électricité, sécurité), ce qui a permis d’augmenter fortement son taux d’utilisation. » À noter que la candidate ne s’oppose pas à d’éventuels « partenariats non lucratifs ». Pour multiplier encore le nombre d’événements, elle propose, tout comme Allan Brunon, de rendre cet espace économiquement plus accessible aux acteurs culturels et associatifs. Et Romain Gentil ? Il compte ouvrir « un chantier coopératif avec les organisateurs d’événements, les acteurs culturels, les habitant·es, les clubs, sur son utilisation et son intégration au parc Paul-Mistral ».
Les Brûleurs de loups, club de hockey grenoblois, lorgnent sérieusement sur cet équipement afin de pouvoir accueillir plus de public qu’à la patinoire Pôle sud (trop petite selon eux). Alain Carignon ou Valentin Gabriac se montrent ouverts à cette idée, mais pas Hervé Gerbi : « Qu’est-ce qu’on fera de cette patinoire s’il n’y a plus le hockey ? En revanche, je suis pour que le Palais des sports retrouve sa vocation sportive (il y a beaucoup de demandes de la part des clubs) tout en conservant une activité de concerts. »

Le TMG

Les faits – En 2016, la majorité d’Éric Piolle, fraîchement arrivée aux commandes de Grenoble, décide de reprendre en régie directe le Théâtre 145 et le Théâtre de Poche jusqu’alors gérés par le collectif d’artistes Le Tricycle via une délégation de service public (DSP). L’occasion aussi de fusionner ces deux petites scènes avec le Grand théâtre de l’hyper-centre au sein d’une même entité : le TMG (Théâtre municipal de Grenoble). En quelques années, la programmation a évolué : pas mal de créations, de la scène locale, et surtout la disparition du théâtre privé et ses pièces grand public. En outre, le TMG subirait une baisse de fréquentation assez vertigineuse depuis le changement de gestion : 24 522 spectateurs en 2012 (chiffre publié par Le Dauphiné Libéré) contre 12 935 billets vendus l’an passé selon la Ville (c’est tout de même 2400 places de plus par rapport à la saison 23/24). Peut-on comparer le nombre de « spectateurs » et celui de « billets vendus » ? Ces données sont-elles fiables alors qu’elles ne prennent pas en compte la diminution des jauges observée ces dernières années (le Grand théâtre n’étant pas utilisé à 100 % pour plusieurs représentations) ? Le public de 2012 a-t-il les mêmes aspirations que celui d’aujourd’hui ? Vous l’aurez compris, le sujet ne peut se résumer à une simple bataille de chiffres.

Leurs propositions – Retour en arrière pour Hervé Gerbi, Romain Gentil et Valentin Gabriac qui sont pour confier le théâtre municipal – du moins le Poche et le 145 – à des compagnies via une DSP. Alain Carignon aussi, semble-t-il : « Il faut rendre aux théâtres leur liberté en mettant des créateurs à leur tête. » Sur la forme, Allan Brunon prône en revanche le statu quo, tout comme le Grenoble Alpes collectif (GAC) qui s’explique : « On ne va pas encore rechanger par respect pour les salariés. » Sur le fond, chacun s’accorde à diversifier l’offre, soit « de l’humour, du clown et du cirque… » pour le GAC, « de l’opéra ou des spectacles musicaux » pour Laurence Ruffin, le retour du théâtre privé pour les listes de droite. Allan Brunon insiste lui sur la nécessité de multiplier le nombre de représentations d’un même spectacle dans des délais resserrés « afin de permettre aux compagnies de fidéliser les spectateurs ».

La Fête des tuiles

Les faits – Créée par la municipalité d’Éric Piolle en 2015, la Fête des tuiles célèbre la journée du 7 juin 1788 « durant laquelle les habitant-es de Grenoble et plus particulièrement les femmes ont réalisé le premier pas de l’histoire populaire de la Révolution française », peut-on lire sur le site de la Ville. Au programme, une enfilade de stands associatifs sur les cours Jean-Jaurès et Libération piétonnisés, un vide-grenier et des propositions artistiques pas forcément mises en valeur. Une fête qui coûte 260 000€ selon la mairie, 400 000€ à 500 000€ selon ses détracteurs.

Leurs propositions – Suppression pure et simple pour Alain Carignon, Romain Gentil et Thomas Simon. Ce dernier prévoit à la place de « financer 100 événements à 4000€ dans les quartiers de Grenoble ». D’autres ne sont pas contre l’idée, mais préfèrent remplacer cette Fête des tuiles par un événement différent. Allan Brunon propose une Fête des résistances pour élargir le propos « à l’islamophobie, à la culture décoloniale et à l’antiracisme ». À l’autre bout du spectre, le RN décalque sans surprise son obsession identitaire avec une Fête du Dauphiné (qui durerait un mois !!). À mi-chemin, le centriste Gerbi souhaite créer un événement (aux contours très flous) autour d’un futur musée de la paix et de l’émancipation (lire par ailleurs). Quant à Laurence Ruffin, elle indique vouloir « révolutionner » la Fête des tuiles : « Repenser sa forme, son organisation et ses usages, en s’appuyant sur une méthode de coconstruction associant acteurs culturels, associations et habitantes et habitants. » À voir…

Fête de la musique

Les faits – On ne sait plus trop quand, ni comment, mais les podiums municipaux ont disparu de la Fête de la musique à Grenoble. La Ville nous éclaire : « La dernière scène organisée pour la Fête de la musique était en 2019 sous le kiosque du jardin de ville (annulée à cause de la météo), puis la crise sanitaire a empêché d’en programmer en 2020 et 2021. Les associations et les collectifs musicaux locaux se sont emparés de cette soirée et la Ville a décidé d’accompagner ces initiatives en apportant une aide logistique. » Finies donc les scènes à la caserne de Bonne, sur l’esplanade du Musée ou au PPM… Dommage ?

Leurs propositions – Il se pourrait que l’on retrouve ces scènes lors du prochain mandat car Alain Carignon ou Romain Gentil y sont favorables, tout comme Laurence Ruffin qui parle d’installer un podium au Jardin de ville. Pour sa part, Allan Brunon regrette que cette Fête de la musique soit essentiellement « organisée au centre-ville » et aimerait qu’il y ait « des événements dans chaque quartier ».

Le hip-hop à l’honneur

C’est une vraie tendance : plusieurs candidat·es proposent de mettre en valeur les cultures urbaines, et en particulier le hip-hop, à Grenoble. Cela pourrait passer par la création d’un festival dédié (H.Gerbi), d’un centre hip-hop au niveau métropolitain (GAC), d’un « lieu ressource pour les cultures urbaines » à la Correspondance (R.Gentil) ou d’un « lieu culturel hybride, pouvant accueillir notamment un centre des cultures urbaines, des pratiques théâtrales et un espace dédié à la montagne » (L.Ruffin). Prévu à l’Ancien musée de peinture, ce projet pourrait s’accompagner d’un plan de végétalisation de la place Verdun.

L’Ancien musée de peinture

Les faits – L’Ancien musée de peinture est sans conteste l’équipement culturel municipal le plus négligé ces dernières années. Il ne s’y passe pas grand-chose et le bâtiment souffre d’un grave problème d’étanchéité. Le coût des rénovations avait été estimé à 10 millions d’euros lors d’une évaluation en 2020.

Leurs propositions – Outre le projet de Laurence Ruffin évoqué dans le paragraphe précédent (sur le hip-hop), d’autres candidats citent l’Ancien musée de peinture dans leur programme culturel. Alain Carignon pour – on s’y attendait – dire la nécessité de trouver des investisseurs dans le cadre d’un partenariat public-privé. Hervé Gerbi pour évoquer son projet de musée de la paix et de l’émancipation qui accueillerait des spectacles et expositions sur ce thème on ne peut plus fourre-tout. Valentin Gabriac pour y implanter un musée des Alpes (un peu redondant, sur le papier, avec le Musée dauphinois, l’Ancien-Évêché et le Muséum). Pierre-Édouard Cardinal pour y établir un opéra (une proposition jugée « très pertinente » par la liste Rassemblement national).

La Grande Bibliothèque

Les faits – Après la fermeture des bibliothèques Hauquelin et Prémol en 2016, la majorité sortante renoue avec la polémique à travers son projet de Grande Bibliothèque dont l’ouverture est prévue pour 2030. Installée juste à côté de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, place Valentin-Haüy, elle sera « un lieu de cultures et de vie », muni notamment d’un espace restauration. Coût prévisionnel de l’opération : 18 millions d’euros. Là où ça coince, c’est que ce projet s’accompagne de la fermeture contestée des bibliothèques du centre-ville et du Jardin de ville.

Leurs propositions – Presque tous les candidats y sont fermement opposés, préférant maintenir l’existant et défendant les bibliothèques de proximité. Au sein des adversaires de la majorité, Allan Brunon détonne : « Je suis plutôt pour cette Grande Bibliothèque car on a besoin de renforcer celle de Chavant, trop petite par rapport au nombre d’étudiants. Mais je ne veux pas non plus fermer les bibliothèques du centre-ville, il faut faire des économies ailleurs. »
Très attendue, la position de Laurence Ruffin s’avère prudente, voire ambiguë. Elle annonce vouloir « maintenir le nombre de points lecture » (donc ne pas supprimer ceux du centre-ville ?) tout en souhaitant « qu’une bibliothèque joue le rôle de tête de réseau, un lieu vivant et ouvert, inspiré d’expériences réussies à Strasbourg ou au Havre ». La Grande Bibliothèque pourrait devenir cet équipement emblématique, mais pas nécessairement : « Ce pourrait aussi être une bibliothèque existante. » Dans ce dernier cas, le projet serait abandonné.

Un nouveau festival ?

En ces temps de rigueur budgétaire, les grandes et belles promesses ne sont pas à la mode. Peu de propositions émergent en ce qui concerne de nouveaux événements ville. À l’image du Grenoble Alpes collectif qui porte carrément une politique de démunicipalisation de la culture : « Ce n’est pas le rôle de la Ville. Il faut plutôt laisser faire et soutenir les professionnels du secteur. » Néanmoins, on l’a vu plus haut, Hervé Gerbi évoque un festival hip-hop, quand Romain Gentil réfléchit à « un festival culturel pour et par les jeunes qui mettra en avant les talents de la jeunesse grenobloise », prolongement du dispositif Émergences. Et ce n’est pas tout : « Il y a un potentiel à Grenoble en matière de musiques électroniques, donc on aimerait soutenir toutes les initiatives (comme Ultravirage par exemple) pour que notre ville soit reconnue dans ce domaine. »

Fête et voisinage

Les faits – À Grenoble, on ne compte plus les conflits liés aux nuisances sonores. Il devient difficile pour les cafés-concerts de subsister face à un voisinage peu coulant. Résultat : le Ptit Labo a dû couper le volume pendant plus d’un an en 2024 et la Bifurk, salle de concerts qui existe pourtant depuis plus de 20 ans, doit faire face à une plainte déposée en octobre 2025.

Leurs propositions – La liste la plus engagée sur la question est celle du GAC qui promet de « soutenir la rénovation sonore dans la mesure du possible, en priorité à la Bifurk » et prévoit même « un petit fonds pour aider les bars culturels à financer une soirée par an ». Le tout bien sûr en assurant le droit à la tranquillité des riverains. Allan Brunon se montre également volontaire avec « un grand plan d’insonorisation pour les acteurs qui le demandent ». Sinon, tout le monde propose basiquement de travailler sur la médiation, Hervé Gerbi se distinguant néanmoins en privilégiant l’établissement d’une « cartographie du bruit » à Grenoble afin d’amorcer le dialogue autour « d’éléments objectifs ».

Grenoble la nuit

Les faits – L’Ampérage, le Drak-Art, la Belle Électrique, et c’est tout. Avec seulement trois clubs dignes de ce nom, Grenoble n’a pas une vie nocturne des plus foisonnantes. D’autant que l’Ampé, en proie à des difficultés économiques, nous alerte sur son avenir incertain. Que faire pour sauvegarder la nuit grenobloise ?

Leurs propositions – Sur le sujet spécifique de l’Ampérage, le GAC s’engage à fournir des médiateurs sur voie publique (obligation légale assumée jusqu’alors par la salle de concert, soit un budget non négligeable de 15 000€ par an) « et cette médiation pourrait tourner aussi dans tout le quartier, car il y a le Drak-Art et la Belle Électrique à côté ». Laurence Ruffin envisage également une aide en matière de médiation, mais sous forme d’un cofinancement, et donc d’un partage des coûts avec la structure concernée.
Autre idée du Grenoble Alpes collectif – décidément prolixe sur la question –, ressusciter le Conseil de la nuit qui « rassemble les acteurs culturels, la police, les habitants, les régies de quartier pour faire converger tous les usages. Ça existait mais ça a disparu pendant le second mandat de Piolle, on ne sait pas pourquoi », explique Fabien Givernaud, l’un des colistiers de Thomas Simon. Une initiative partagée par Hervé Gerbi.
Enfin, cela se décidera certes au niveau métropolitain, mais la liste de Laurence Ruffin souhaiterait expérimenter des transports nocturnes jusqu’à 2h les vendredi et samedi, quand Romain Gentil imagine un tram de nuit entre 1h et 5h du matin.

Répartition des subventions et transparence

Toujours la même ritournelle lorsqu’on interroge les opposants à la majorité Piolle : l’idéologie du maire aurait influencé sa politique culturelle par le biais d’ingérences dans la programmation des équipements municipaux (comme le TMG) ou de subventions attribuées prioritairement à des projets compatibles avec ses opinions. Impossible de vérifier de telles accusations, mais Laurence Ruffin dit « entendre les critiques » et veut « renforcer la transparence des décisions en mettant en place un comité artistique, associant habitantes et habitants, équipes artistiques, professionnels du secteur et élu·es. Ce comité, renouvelé régulièrement, pourrait s’appuyer sur une charte claire et rendre des avis publics ». Deux autres candidats proposent des dispositifs similaires : un comité d’avis qui ressemble fort à celui de Ruffin pour Allan Brunon, un Office municipal de la culture sur le modèle de l’Office municipal des sports pour Hervé Gerbi. À noter que le comité d’avis culture existait déjà dans la précédente mandature, sur un modèle très proche, voire identique. Lors du débat à l’Ampérage, Thomas Simon a par ailleurs précisé qu’il y aurait, s’il est élu, « une vigilance envers les acteurs percevant plus de 50 000€ quant au respect du critère de l’intérêt général ».

Reste une question : les opposants à la majorité sortante seront-ils eux-mêmes irréprochables ? Seraient-ils prêts à subventionner des projets aux antipodes de leur idéologie (puisqu’ils en ont une, aussi) ? Alain Carignon élude : « Interrogez ceux qui étaient là quand j’étais maire. Je n’ai rien à prouver. » Parmi les candidat·es, seul Allan Brunon assume son biais idéologique : « Il est hors de question que je favorise des collectifs qui prôneraient des choses comme la fast fashion par exemple. Le capitalisme n’est pas un projet humain émancipateur. » Les autres n’admettent qu’une limite quant au financement d’un projet : que celui-ci respecte le cadre de la loi.
Cependant, n’oublions pas le représentant du Rassemblement national pour lequel il est d’autant plus légitime de se poser la question. Car le parti de Jordan Bardella s’illustre régulièrement à la rubrique « censure ». Attention, prenez votre respiration, on énumère : volonté de supprimer le Centre national du cinéma (CNC) lors des débats sur le budget 2026 ; suspension d’une subvention régionale au festival Le Jardin du Michel suite à la programmation du groupe Sniper (votée sur proposition de Laurent Jacobelli) ; ingérence au cinéma de Bruay-la-Buissière où la mairie RN déprogramme un film sur Gaza pour lui préférer le docu catho Sacré-Cœur ; confusion totale du député Matthias Renault qui proposait, en janvier dernier, d’annuler une subvention aux Trans Musicales de Rennes pensant qu’il s’agissait d’un festival transgenre (mille fois sic !)… Autant de précédents qui ne font pas sourciller Valentin Gabriac. Néanmoins, il tente de nous rassurer : « On ne sera pas là pour faire la police de la pensée » mais… « on est contre les événements communautaires ». Un exemple ? « Des événements interdits aux blancs » : nous y voilà.


Le budget

Pas touche au budget culture ! C’est en tout cas la promesse de l’intégralité des candidat·es qui souhaitent sanctuariser le montant de cette ligne budgétaire, 174€/habitant et 10 % du budget total (c’est supérieur à la moyenne nationale des communes : 7,6 % selon les derniers chiffres du ministère de la Culture). Seul Pierre-Édouard Cardinal, lors du débat à l’Ampérage, annonçait sa volonté d’augmenter l’enveloppe pour atteindre 200€/habitant. Mais ça, c’était avant son ralliement à la liste d’Alain Carignon, chantre de l’économie et du pragmatisme budgétaire. Lui aussi promet le maintien du budget culture mais au prix d’une mutualisation de certains services en « doublon » entre la Ville et la Métropole (propreté, déchetterie…) et de la privatisation de certains bâtiments comme le Palais des sports afin de réduire les coûts de fonctionnement. Laurence Ruffin, quant à elle, affirme que la culture sera et restera le troisième poste de son budget, histoire de garantir un effort municipal tout au long du mandat malgré les coupes de financement éventuelles pour les communes.

La fin des appels à projet ?

Pour obtenir des deniers publics, les acteurs culturels ont deux possibilités : faire des demandes de subventions de fonctionnement et/ou répondre à des appels à projet émis par une collectivité territoriale. Bien sûr, la plupart préfèrent les subventions de fonctionnement qui permettent de développer leurs propres idées en parfaite autonomie. Tout l’inverse des appels à projet, beaucoup plus contraignants, pour lesquels le lauréat devient simple opérateur désigné pour suivre le cap fixé par les élus. Par ailleurs, ces appels à projet produisent une mise en concurrence qui profite nécessairement aux structures les mieux armées pour y répondre – donc, souvent, les plus grosses.
Surprise ! Là encore tous les prétendants à la mairie se sont donné le mot : finis les appels à projet ! Un vœu pieux, en réalité, car cela signifierait la quasi-disparition de tout projet culturel d’ampleur porté par la municipalité. D’ailleurs, Hervé Gerbi et Laurence Ruffin nous ont confirmé qu’ils souhaitaient limiter les appels à projet sans pour autant y renoncer totalement.

La gratuité

On doit à la majorité Piolle la gratuité du Cabaret Frappé, des bibliothèques et des musées municipaux (Musée de Grenoble, Muséum et musée Stendhal). Il serait contre-productif pour un aspirant édile de se prononcer contre ces gratuités en pleine campagne électorale. Mais voilà un acquis des deux mandats piollistes sur lequel personne ne souhaite revenir. L’Insoumis Allan Brunon aimerait même aller plus loin : « Rendre le Musée de Grenoble effectivement gratuit puisque les grandes expositions sont toujours payantes. Je ne pense pas que ça coûte très cher. » Romain Gentil aspire, pour sa part, à travailler sur les tarifications solidaires en les finançant éventuellement par du mécénat culturel. Enfin, Pierre-Édouard Cardinal considère que « la gratuité ne suffit pas pour désacraliser la culture. Il faut aussi agir sur le périscolaire, par exemple, pour casser les barrières sociales ».

La Correspondance

Unanimité pour saluer la réussite de La Correspondance ! Pensé comme éphémère, en attendant la création de futurs logements dans le quartier Flaubert, ce lieu culturel (mais pas que) pourrait bien être pérennisé. « Il a toujours été prévu de maintenir le bâtiment où est situé le Bivouak Café », nous dit la Ville. Mais Fabien Givernaud (GAC) rappelle que « le Bivouak ne pourra pas fonctionner sans la Correspondance », ensemble de bâtiments en friche abritant de nombreuses associations. Celles-ci n’ont actuellement aucune solution de relogement, la fin de ce tiers-lieu transitoire étant normalement programmée pour 2027.


Plutôt que de répondre à notre questionnaire sur les grands sujets culturels grenoblois, les deux listes d’extrême gauche (Lutte ouvrière et le Nouveau parti anticapitaliste) ont préféré développer un propos plus global. Le NPA, emmené par Baptiste Anglade, s’inquiète ainsi des coupes budgétaires que subissent les associations grenobloises et compte « principalement sur les mobilisations du monde du travail et de la jeunesse » pour résister à « ces attaques ». Il affirme la nécessité de sortir des appels à projet et « de la logique marchande » et dénonce l’inégalité d’accès à la culture à cause, entre autres, de « salaires au rabais et de loyers trop élevés ».

Catherine Brun (LO), quant à elle, n’est pas là « pour jouer au petit jeu des promesses ». Elle ajoute : « L’accès à la culture, c’est déjà avoir des bonnes conditions à l’école. Or, le budget de l’Éducation nationale est aujourd’hui contraint. Il y a des suppressions de postes dans l’académie de Grenoble comme partout. Par ailleurs, je suis préoccupée par le fait que le budget de l’armée ait été multiplié par deux très récemment. L’avenir pour la jeunesse, c’est une société qui marche à la guerre. Si on veut réellement empêcher la société d’aller à la catastrophe, il faudra une mobilisation formidable, par les travailleurs et par les jeunes qui ont évidemment un rôle très important à jouer. »

Photo © Éloïse Mahieux

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