Théâtre

À l'Odyssée, Estelle Meyer en femme fatale (pour le patriarcat)

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/ Par Aurélien Martinez

Niquer la fatalité. Soit un titre irrévérencieusement programmatique pour un spectacle qui évoque aussi bien son autrice-comédienne Estelle Meyer que la figure tutélaire et féministe Gisèle Halimi, avocate engagée à gauche, notamment au moment de l’Algérie française puis de la montée des questions relatives aux droits des femmes. Car il n’y a rien d’autocentré ou d’impudique dans l’aventure d’Estelle Meyer. Plutôt l’envie généreuse de retracer le parcours de vie d’une jeune fille – elle, aujourd’hui quadragénaire – sous tous ses aspects, même les plus violents, afin d’embrasser le « continent femme », de lui rendre hommage.

Une envie politique proche de la démarche de Gisèle Halimi qu’Estelle Meyer explique avoir réellement découverte à sa mort il y a six ans. « Tout le travail de Gisèle part d’une cause intime pour faire avancer le tout », assure la comédienne, ce qu’elle s’applique à prouver sur le plateau, aux côtés de deux musiciens. Ceci est mon histoire, mais sans doute celle de beaucoup d’autres femmes, dit-elle en creux dans ce spectacle sous-titré « chemin(s) en forme de femme ».

Moderne Gisèle

« Gisèle, s’il m’arrive quelque chose de grave, tu me défendras ? » se demande d’emblée Estelle Meyer, avant d’enchaîner sur l’enfance, l’adolescence, l’éveil du désir, les changements corporels, mais aussi le jugement, le viol… Tout est mis sur scène, dans un geste cathartique et émancipateur puissant grâce à ce dialogue imaginaire avec Gisèle Halimi, incarnée par moments dans la pièce. « Elle est plus moderne que moi ! » s’amuse même la comédienne.

En presque deux heures denses (et parfois inégales), la radieuse Estelle Meyer démonte les assignations, explose le cadre et embarque littéralement le public avec elle dans une sorte de cérémonie chamanique protéiforme – adresse au public, passages théâtraux, chansons, poèmes… La fatalité du patriarcat s’en prend alors plein la gueule de manière collective et régénérante.

Photo © Emmanuelle Jacobson Roques

NIQUER LA FATALITé

Vendredi 20 mars à 20h

L'Odyssée (Eybens)

De 5€ à 19€

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